🔥 Les essentiels de cette actualité
- Dix personnes jugées à Paris pour cyberharcèlement sexiste contre Brigitte Macron après des rumeurs sur sa transidentité.
- Le couple présidentiel poursuit la podcasteuse américaine Candace Owens pour diffamation aux États-Unis.
- En France, deux vagues d’interpellations suite à la plainte de Brigitte Macron en août 2024.
- Le procès soulève des questions sur la justice à deux vitesses et la liberté d’expression.
Ce 27 et 28 octobre, dix personnes — huit hommes et deux femmes — comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris.
Élu, galeriste, enseignant, médium ou encore informaticien : un casting improbable pour une même accusation.
Tous sont jugés pour cyberharcèlement sexiste visant Brigitte Macron, après une vague de rumeurs sur sa prétendue transidentité.
Ce procès intervient alors que le couple présidentiel a engagé, fin juillet, des poursuites aux États-Unis pour diffamation, en lien avec une infox virale sur la transsexualité supposée de la Première dame.
Des poursuites venues d’outre-Atlantique
L’affaire trouve son origine dans une rumeur délirante partie des États-Unis, selon laquelle Brigitte Macron serait née homme sous le nom de Jean-Michel Trogneux.
Le couple présidentiel, excédé, a déposé plainte pour diffamation contre la podcasteuse américaine Candace Owens.
Dans sa série de vidéos intitulée « Becoming Brigitte » (« Devenir Brigitte »), Owens relaye sans vergogne la théorie du complot.
Sur les réseaux, le feu s’est vite propagé.
Une fausse couverture du Time Magazine montre Brigitte Macron présentée comme « homme de l’année » avec la mention ironique « Excellent ».
D’autres internautes promettent d’envoyer « 2 000 personnes » faire du porte-à-porte à Amiens pour y voir clair dans l’affaire Brigitte, avec la participation de blogueurs américains.
Une plainte déposée à Paris en août 2024
En France, Brigitte Macron a porté plainte le 27 août 2024.
L’enquête pour cyberharcèlement a été confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).
Deux grandes vagues d’interpellations ont suivi, en décembre 2024 puis en février 2025.
Âgés de 41 à 60 ans, les prévenus sont soupçonnés d’avoir multiplié les propos injurieux sur le « genre », la « sexualité » de Brigitte Macron, et même assimilé sa différence d’âge avec le président à de la « pédophilie », selon le parquet de Paris.
Sollicité par l’AFP, Me Jean Ennochi, l’avocat de la Première dame, n’a pas souhaité commenter ni indiquer si Brigitte Macron sera présente à l’audience.
Aurélien Poirson-Atlan alias « Zoé Sagan » : le publicitaire sulfureux
Parmi les dix prévenus figure Aurélien Poirson-Atlan, 41 ans, un publicitaire bien connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Zoé Sagan ».
Son compte X, aujourd’hui suspendu, a déjà été la cible de plusieurs plaintes.
L’homme n’en est pas à son premier scandale : il est également connu pour avoir diffusé les vidéos intimes de Benjamin Griveaux en 2020, un épisode qui avait contraint l’ex-candidat macroniste à se retirer de la course à la mairie de Paris.
Une humiliation publique dont le pouvoir macronien ne s’est jamais vraiment remis.
Delphine J., la médium devenue « lanceuse d’alerte »
Autre figure au cœur du procès : Delphine J., 51 ans, médium autoproclamée, qui se présente aussi comme « journaliste » et « lanceuse d’alerte » sous le pseudo Amandine Roy.
C’est elle qui a largement contribué à relayer la théorie selon laquelle Brigitte Macron, née Trogneux, serait une femme transgenre portant à l’origine le prénom Jean-Michel.
Selon son avocate Maud Marian, sa cliente n’a fait que « rebondir sur l’actualité » et « aucun message n’a directement été adressé à Mme Macron ».
Condamnée pour diffamation en septembre 2024, aux côtés de Natacha Rey, elle avait été contrainte de verser plusieurs milliers d’euros à Brigitte Macron et 5 000 à son frère Jean-Michel Trogneux.
Mais retournement de situation en juillet 2025 : la cour d’appel l’a relaxée. Le couple présidentiel n’a pas digéré cette décision et a formé un pourvoi en cassation.
Une affaire symptomatique d’une justice à deux vitesses
Pendant que les Français comptent leurs centimes à la fin du mois, la justice semble trouver du temps pour défendre l’honneur numérique du couple présidentiel.
Les moyens mobilisés pour cette affaire contrastent cruellement avec la lenteur des procédures pour les victimes ordinaires de cyberharcèlement.
Combien d’heures d’enquête, combien de policiers mobilisés pour une rumeur, pendant que tant de plaintes pour violences conjugales ou agressions restent sans réponse ?
Encore une illustration de cette justice à deux vitesses, où les puissants obtiennent diligence et silence radio du parquet, pendant que les autres attendent.
Une rumeur nourrie par la fascination et le rejet
Le décalage d’âge de 24 ans entre Emmanuel et Brigitte Macron n’est pas étranger à cette avalanche de fantasmes.
C’est d’ailleurs sur cette différence que se sont appuyés les colporteurs de rumeurs pour relier la Première dame à des accusations délirantes.
La rumeur, née dès l’élection de 2017, s’est nourrie d’un mélange d’obsession, de misogynie et de transphobie.
Elle a fini par franchir l’Atlantique, où elle est devenue un instrument politique entre les mains des partisans les plus radicaux du mouvement MAGA (Make America Great Again).
Le procès, un test grandeur nature pour la liberté d’expression
Le procès qui s’ouvre à Paris pourrait bien faire jurisprudence.
D’un côté, il s’agit de sanctionner un harcèlement numérique orchestré ; de l’autre, de ne pas faire basculer la justice dans la censure politique déguisée.
Les dix prévenus encourent jusqu’à deux ans de prison ferme.
Une peine lourde pour des propos parfois aussi stupides que haineux — mais dont la portée virale a suffi à troubler l’image de l’épouse du chef de l’État.
Une question de priorités
À l’heure où le pays croule sous les crises — inflation, insécurité, perte de confiance politique —, voir l’appareil judiciaire mobilisé pour laver l’honneur du couple présidentiel a de quoi interroger.
Car si Brigitte Macron est victime d’une rumeur sordide, les Français, eux, sont les témoins d’un État qui semble choisir soigneusement qui mérite d’être protégé, et à quelle vitesse.
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