🔥 Les essentiels de cette actualité
- Lactalis affiche un chiffre d’affaires de 31,2 milliards d’euros et un bénéfice net en hausse de 50 % pour l’exercice 2025, malgré un contexte mondial qualifié d’« assez compliqué » par son PDG Emmanuel Besnier.
- Le conflit au Moyen-Orient génère un surcoût de plusieurs dizaines de millions d’euros sur les transports et les emballages, que le groupe a clairement annoncé devoir répercuter sur les prix de vente.
- Lactalis franchit un cap en dépassant les 10 milliards d’euros de ventes sur le continent américain et finalise le rachat des activités grand public de Fonterra, la coopérative laitière néo-zélandaise.
- Interrogé sur les rappels de laits infantiles survenus fin 2025 et début 2026, Besnier reconnaît des « problématiques dramatiques » tout en affirmant que l’alimentation n’a « jamais été aussi sûre et saine ».
- Entre l’actionnaire familial, les producteurs laitiers et les ménages, qui absorbe réellement le coût des désordres géopolitiques que Lactalis intègre dans sa gestion sans pouvoir les contrôler ?
Lactalis affiche des résultats solides pour l’exercice 2025 : un chiffre d’affaires de 31,2 milliards d’euros, en progression de 2,9 % sur un an, et un bénéfice net en hausse de près de 50 %, passant de 359 à 528 millions d’euros. Pour le géant laitier lavallois, qui pilote des marques comme Président, Lactel ou Galbani, l’année s’est avérée fructueuse malgré un contexte mondial qu’Emmanuel Besnier, son PDG, décrit lui-même comme « assez compliqué ». Mais derrière ces chiffres flatteurs apparaissent des tensions que le groupe ne peut plus absorber en silence : la guerre au Moyen-Orient commence à peser directement sur les prix que paieront les consommateurs français.
C’est là le cœur de l’annonce qui accompagne ces résultats. Le conflit en cours depuis fin février dans la région a, selon Besnier, « un impact important sur les coûts, à la fois sur les transports et les emballages ». Le surcoût est chiffré par le directeur général des opérations, Thierry Clément, à « plusieurs dizaines de millions d’euros ». Une somme qui sera, au moins partiellement, répercutée sur les prix de vente. Le groupe promet de « minimiser » cet impact selon les catégories de produits, mais la direction a clairement affiché la « nécessité de répercuter ces coûts auprès de ses clients ».
« L’alimentation n’a jamais été aussi sûre et saine. Quand il y a un accident, ça prend des proportions bien plus grandes qu’avant. »
Ce mécanisme de transmission des chocs géopolitiques vers les rayons des supermarchés mérite qu’on s’y arrête. Un conflit au Moyen-Orient perturbe les routes maritimes, alourdit les coûts logistiques et pèse sur certaines matières premières entrant dans la composition des emballages. Ces effets ne sont ni abstraits ni théoriques : ils se traduisent en centimes d’euros sur le prix du beurre ou du lait infantile. Pour un groupe dont les volumes sont colossaux, même un surcoût unitaire minime génère, à l’échelle, plusieurs dizaines de millions d’euros de charges supplémentaires. La chaîne alimentaire industrielle, aussi intégrée et optimisée soit-elle, reste perméable aux instabilités des grandes zones de transit mondial.
Une croissance robuste dans un monde fragmenté
Lactalis ne se limite pas à subir : le groupe continue d’étendre son empreinte. Les ventes sur le continent américain ont dépassé pour la première fois les 10 milliards d’euros, faisant des États-Unis le deuxième marché du groupe. Besnier évoque une « année charnière » pour cette consolidation américaine, même si la force de l’euro a pesé sur les résultats en devise locale. La valorisation en euros des profits réalisés en dollars se trouve mécaniquement comprimée lorsque le taux de change est défavorable, une contrainte classique pour les multinationales européennes exposées au marché nord-américain.
À cette expansion s’ajoute une acquisition stratégique d’envergure : Lactalis vient de finaliser le rachat des activités grand public de Fonterra, la coopérative laitière néo-zélandaise, devenant ainsi un acteur encore plus incontournable sur les marchés mondiaux du lait et des produits dérivés. Dans un secteur où les économies d’échelle déterminent la compétitivité, ce mouvement consolide la position du groupe face à des concurrents comme Danone ou Nestlé.
Mais cette puissance industrielle n’immunise pas contre les controverses. La question des rappels de laits infantiles, qui ont touché le secteur entre décembre 2025 et le début de l’année 2026, y compris des produits Lactalis, a été posée directement au PDG lors de la conférence de presse. Sa réponse, mesurée mais ferme, tranche avec l’inquiétude que ces incidents ont suscitée chez de nombreux parents : il a reconnu « des problématiques compliquées, dramatiques », avant d’affirmer que « l’alimentation n’a jamais été aussi sûre et saine ». L’argument selon lequel la visibilité accrue des incidents tient à l’environnement médiatique contemporain plutôt qu’à une dégradation réelle de la sécurité alimentaire est défendable, mais il demeure, dans ce contexte précis, difficile à entendre pour les familles concernées.
Ce qui ressort de ce tableau d’ensemble, c’est la capacité d’un acteur privé d’envergure mondiale à naviguer dans des eaux géopolitiquement troublées tout en préservant sa trajectoire de croissance. La hausse importante du prix du lait de vache, les tensions douanières entre les États-Unis et la Chine, l’instabilité au Moyen-Orient : autant de variables exogènes que Lactalis ne contrôle pas, mais qu’il intègre dans sa gestion opérationnelle avec une efficacité certaine. La question qui demeure ouverte est celle du partage de ces ajustements : entre l’actionnaire familial, les producteurs laitiers et le consommateur final, qui absorbe in fine le coût des désordres du monde ?
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Source : leparisien.fr
