🔥 Les essentiels de cette actualité
- La France affiche une croissance de 0,5 % au troisième trimestre, supérieure aux attentes, mais la consommation des ménages stagne, révélant une fracture économique.
- Les exportations et les investissements des entreprises progressent, tirant la croissance, tandis que les ménages souffrent de l’inflation et de la perte de confiance.
- Malgré une dynamique européenne positive, l’instabilité politique française menace la reprise, et les perspectives pour 2026 restent incertaines.
Alors que la France s’enlise dans une instabilité politique chronique, l’économie semble jouer sa propre partition.
Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee, la croissance s’est accélérée durant l’été : entre juillet et septembre, le produit intérieur brut a progressé de 0,5 % par rapport au trimestre précédent. Une performance supérieure aux attentes des économistes.
Sans surprise, Bercy s’est empressé de s’auto-congratuler, qualifiant ces résultats de « performance remarquable » auprès de l’AFP.
Une célébration pour le moins ironique, tant le pays paraît naviguer à vue depuis des mois, sans cap politique clair.
D’autant que ce rebond intervient dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec les États-Unis, où la France se montre d’une docilité troublante.
Avec ces chiffres, la deuxième économie de la zone euro semble en bonne voie pour dépasser les 0,7 % de croissance prévus pour 2025.
De quoi nourrir les discours triomphalistes du gouvernement, alors que sur le terrain, les ménages continuent d’étouffer sous l’inflation.
Une croissance tirée par les exportations et l’investissement
Cette embellie s’explique surtout par le dynamisme des exportations, en hausse de 2,2 %, grâce à l’aéronautique, l’armement et la pharmacie.
Les investissements des entreprises progressent également de 0,9 %. Les grands groupes, malgré l’incertitude politique, continuent d’avancer leurs projets, même à pas comptés.
Isabelle This Saint-Jean, économiste et professeure à la Sorbonne Paris Nord, résume la situation :
Cette croissance est une bonne surprise. Cela prouve qu’au-delà de l’incertitude politique, le moteur de cette énorme machine qu’est la France fonctionne.
Elle précise cependant que cette amélioration reste fragile :
Dans cette crise, les décisions sont reportées, mais pas annihilées. Cette croissance est une bonne nouvelle pour les questions budgétaires, notamment le déficit de 2025 et de 2026, alors que la situation est hypercontrainte.
Derrière ces performances, l’État y voit déjà un répit pour ses finances publiques. Mais la réalité économique du quotidien, elle, ne suit pas le même tempo.
Le point noir de la consommation des ménages
Car au cœur de ce tableau optimiste se cache un chiffre autrement plus préoccupant : la consommation des ménages stagne.
L’Insee parle d’un « gros point noir ». Ce pilier, qui pèse pour près de la moitié du PIB, n’a progressé que de 0,1 % au troisième trimestre, un résultat identique au précédent.
L’institut observe en outre un « net repli de la consommation alimentaire » (-1 %), accompagné d’un recul dans les services, notamment l’hébergement-restauration (-0,7 %) et les transports (-0,5 %).
Sur l’ensemble de l’année, la consommation des ménages ne devrait augmenter que de 0,3 %, bien en dessous des 1 % attendus pour 2024 et des 0,7 % enregistrés en 2023. Autrement dit : la croissance avance, mais sans les consommateurs.
Cette faiblesse illustre la perte de confiance des Français. L’épargne atteint des niveaux record, signe que les foyers préfèrent garder leurs liquidités plutôt que de les injecter dans l’économie.
Et pour cause : entre inflation persistante et fiscalité incertaine, la prudence est devenue réflexe.
Les Français entre prudence et angoisse économique
Pour Isabelle This Saint-Jean, ces données traduisent un malaise profond :
Ces chiffres sont le reflet d’une grande inquiétude des ménages, et de la grande vulnérabilité de certains, avec un taux de pauvreté qui a très fortement augmenté.
Elle alerte sur les risques sociaux à venir, notamment si les orientations budgétaires de 2026 se confirment :
Cela pourrait empirer si des textes du budget 2026 sont adoptés, avec une année blanche pour les retraites ou la franchise médicale.
Dans le quotidien des Français, cette inquiétude se manifeste par un repli des “consommations plaisir”, en particulier dans l’hôtellerie et la restauration.
Moins de sorties, moins de loisirs, moins de dépenses non essentielles : une économie en mouvement, mais une société en apnée.
Des perspectives ternes malgré un léger souffle européen
Les mois à venir ne s’annoncent pas plus sereins. L’économiste anticipe un ralentissement de la croissance française d’ici la fin de l’année, attribué à « la forte instabilité politique » qui mine la confiance des acteurs économiques.
Elle entrevoit toutefois une lueur d’espoir : La France participe à une dynamique globale de reprise européenne, souligne-t-elle, une tendance remarquée dans la zone euro par Eurostat.
Cette tendance reposerait sur la politique monétaire européenne et sur la relance généralisée liée à l’armement, qui stimule la production industrielle à l’échelle du continent.
Une conclusion en demi-teinte : si la France avance, c’est grâce à ses exportations militaires plus qu’à la prospérité de ses citoyens.
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Derrière les chiffres de la croissance, se cache une réalité plus sombre : celle d'une France à deux vitesses, où les ménages étouffent sous l'inflation pendant que les grands groupes prospèrent. Notre revue approfondit chaque mois ces analyses d'actualité et de géopolitique, pour vous offrir une vision plus complète des enjeux qui façonnent notre pays.
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