Hausse du carburant : l’État répond par 4 centimes d’aide

Hausse du carburant : l’État répond par 4 centimes d’aide

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement a annoncé une exonération de taxe pour les agriculteurs. Son montant : 4 centimes, sur une hausse de 60 centimes en trois semaines.
  • Agriculteurs, infirmiers libéraux, artisans… des professions entières dénoncent des mesures « sectorielles » bien trop timides face à une crise qui menace directement leur viabilité économique.
  • Derrière l’urgence conjoncturelle se cache un tabou fiscal : la France taxe le carburant à un niveau qui étouffe structurellement tous ceux qui vivent loin des transports en commun.
  • Une TVA réduite à 10 % sur les carburants coûterait-elle vraiment trop cher ? Certains experts avancent que la surfiscalité pèse davantage sur la croissance que ne le ferait un allègement ciblé.

Quelques centimes ici, une promesse là. Pendant que les Français peinent à remplir leur réservoir, le gouvernement distribue des miettes, le mot est de Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, et il a le mérite de la précision. Face à une flambée des prix du carburant qui frappe durement les agriculteurs, les infirmiers libéraux et des millions d’automobilistes ordinaires, l’exécutif a présenté des mesures dites « sectorielles » et « ciblées ». Traduction : pas grand-chose pour presque tout le monde.

Prenons les chiffres au sérieux, puisque le gouvernement semble les avoir oubliés. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé que l’État renoncerait à prélever le droit d’accise sur le gasoil non routier en avril. Un geste symbolique, en apparence. Sauf que cette taxe ne représente que 4 centimes d’euros sur 60 centimes d’augmentation enregistrée en trois semaines à peine. 4 centimes. Sur 60. Il faut une certaine audace pour présenter cela comme une réponse à la hauteur de la crise.

« On va avoir beaucoup d’exploitations en grande difficulté, puisqu’en ce début de printemps, on a énormément besoin d’aller dans les champs, d’aller fertiliser, d’aller sortir les animaux, de curer. Le stress chez les agriculteurs, c’est bien plus qu’un problème de trésorerie, ça crée des vrais problèmes de revenus agricoles. »

Ces mots de Luc Smessaert décrivent une réalité concrète, physique, saisonnière. Le printemps agricole n’attend pas les arbitrages budgétaires de Bercy. Les tracteurs doivent rouler maintenant, les champs doivent être préparés maintenant. Une exploitation qui ne peut pas assumer ses charges de carburant en mars ou en avril, c’est une récolte compromise, c’est un revenu annuel qui s’effondre, c’est parfois une exploitation qui ne se relève pas. Le gouvernement le sait. Il a choisi de répondre par une exonération symbolique.

Une fiscalité punitive que personne n’ose vraiment remettre en cause

Le cas des infirmiers libéraux illustre la même logique d’abandon discret. Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers, parle d’« amertume » et de « fortes attentes » déçues. Ces professionnels de santé libéraux sillonnent les routes françaises chaque jour pour aller soigner des patients à domicile. Le carburant n’est pas pour eux un poste de confort : c’est un outil de travail indispensable, directement lié à leur capacité d’exercer et à la viabilité économique de leur cabinet. Leur demande d’aide sectorielle était, selon leurs propres termes, « indispensable ». Elle n’a pas été entendue.

Mais au-delà de ces cas sectoriels, c’est la question fiscale de fond que le gouvernement refuse obstinément de poser. Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, la pose sans détour : la fiscalité sur la mobilité est une « connerie ». Le mot est cru, l’analyse est juste. La France taxe le carburant à un niveau qui pèse structurellement sur tous ceux qui ne vivent pas à portée d’un métro parisien, c’est-à-dire l’immense majorité des Français.

« Non, baisser les taxes sur les carburants, ça ne coûte pas de l’argent. À un moment donné, lorsqu’on est dans la surfiscalité, il y a un impact économique qui se traduit par une perte de croissance. »

Cet argument de Pierre Chasseray mérite d’être pris au sérieux plutôt que balayé d’un revers de main budgétaire. Une TVA ramenée à 10 % sur les carburants, comme il le propose, ne serait pas un cadeau aux pétroliers : ce serait un soutien direct au pouvoir d’achat des ménages contraints de se déplacer pour travailler, pour soigner ou pour produire. La logique du « ça coûte trop cher » s’applique toujours aux allègements fiscaux pour les classes moyennes et populaires. Elle s’applique rarement avec la même rigueur aux dépenses d’un État dont les priorités sont souvent ailleurs.

Le Premier ministre, selon Chasseray, « ne se préoccupe absolument pas de ceux qui doivent se déplacer pour aller consommer ». C’est là que réside le cœur du problème politique. La France des villes denses, bien desservie par les transports en commun, peut se permettre une vision vertueuse de la mobilité. La France périurbaine et rurale, elle, n’a pas le choix. Pour un agriculteur du Gers, pour une infirmière libérale de la Creuse, pour un artisan de la Sarthe, la voiture et le carburant ne sont pas des symboles d’un mode de vie à décarboner : ce sont des conditions d’existence.

Pierre Chasseray évoque une « France funambule qui marche sur le fil de son compte en banque ». L’image est forte parce qu’elle est vraie. Des millions de foyers vivent dans cet équilibre précaire où une hausse soudaine de 60 centimes le litre suffit à faire basculer un budget mensuel. Ce n’est pas une question d’idéologie fiscale abstraite : c’est une question de capacité de l’État à voir la réalité telle qu’elle est, et non telle qu’il voudrait qu’elle soit.

Des mesures « sectorielles » et « ciblées » peuvent sembler prudentes et rationnelles dans les couloirs de Matignon. Sur le terrain, elles ressemblent à ce qu’elles sont : une réponse insuffisante à une crise qui touche l’ensemble du pays.

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Quatre centimes face à 60 centimes de hausse : quand l'État répond à la crise par des miettes, qui analyse vraiment ce qui se passe ? Notre revue papier décrypte chaque mois ces renoncements politiques.

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