COUCOU LES PAUVRES – Carburants : la flambée des prix rapporte déjà 270 millions à l’État

COUCOU LES PAUVRES - Carburants : la flambée des prix rapporte déjà 270 millions à l’État

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • 270 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires en un seul mois : la flambée des prix du carburant liée au conflit au Moyen-Orient a mécaniquement enrichi les caisses de l’État, entre TVA et accises.
  • Mais loin de s’enrichir, l’État affirme perdre au change : 430 millions de coûts déjà engagés, entre soutien aux professionnels et explosion des intérêts de la dette. L’arithmétique est-elle aussi implacable qu’on le dit ?
  • Pourquoi la France se retrouve-t-elle sans filet face à chaque choc énergétique ? La réponse pointe vers des décennies de choix budgétaires différés qui condamnent aujourd’hui les plus vulnérables à absorber seuls la facture.
  • Des aides « ciblées » promises par le gouvernement : véritable tournant ou simple habillage rhétorique pour masquer une inaction de fond ? La différence avec 2022 est loin d’être acquise.

La guerre qui embrase le Moyen-Orient depuis plusieurs semaines ne se résume pas à ses victimes directes ni à ses conséquences géopolitiques. Elle a une traduction comptable très précise, au centime près, dans les finances de l’État français. C’est David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, qui s’est chargé d’en livrer le détail sur Franceinfo, avec une transparence qu’il faut reconnaître, même si l’exercice relevait manifestement autant de la pédagogie politique que du souci de vérité.

Le chiffre est là, brut : 270 millions d’euros de surplus de recettes fiscales pour le seul mois de mars, liés à la hausse des prix des carburants. 120 millions issus de la TVA, mécaniquement indexée sur la valeur des volumes vendus, et 150 millions d’accises, gonflées par un surcroît de remplissage des réservoirs en début de mois. L’État, en d’autres termes, a empoché davantage parce que le litre de carburant coûtait plus cher. C’est le fonctionnement normal de la fiscalité sur l’énergie et il serait malhonnête de feindre de le découvrir. Mais il serait tout aussi malhonnête de prétendre que le contribuable, lui, ne le ressent pas.

«2026 ne sera pas 2022, on ne peut pas annoncer des milliards d’euros dont, en réalité, on n’a pas le début d’un centime.»

David Amiel s’est néanmoins empressé de replacer ce chiffre dans un contexte plus large. Ces 270 millions seraient, dit-il, «très inférieurs au coût de la crise pour les finances publiques», lequel se compterait en milliards. Il détaille : 430 millions d’euros de coûts déjà engagés, dont 130 millions de dépenses de soutien, 70 millions pour les transporteurs, pêcheurs et agriculteurs et 60 millions pour le chèque énergie, ainsi que 300 millions supplémentaires pour absorber la hausse des intérêts de la dette liée à l’instabilité des marchés. L’arithmétique est présentée comme implacable : non, l’État ne s’enrichit pas sur le dos des automobilistes ; il subit, lui aussi, la tempête.

Une rigueur budgétaire qui ne dit pas son nom

Admettons le raisonnement dans sa logique propre. Mais il faut alors en tirer toutes les conséquences. Si le coût de la crise est réel et massif pour les finances publiques, c’est précisément parce que l’État français arrive à ce choc conjoncturel dans un état de fragilité structurelle qu’il a lui-même produit. Une dette colossale, des marges budgétaires inexistantes, une incapacité chronique à dégager des réserves en période de croissance : voilà ce qui condamne aujourd’hui les ménages les plus dépendants de leur véhicule, travailleurs des zones périurbaines et rurales, artisans et petits indépendants, à absorber seuls le choc des prix à la pompe.

La comparaison avec 2022, explicitement revendiquée par Amiel, est éclairante. À l’époque, face à la flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Ukraine, le gouvernement avait choisi la voie des chèques, des remises à la pompe et des boucliers tarifaires, des milliards dépensés à la hâte, sans ciblage sérieux et dont une partie significative a profité à des ménages qui n’en avaient pas besoin. Le ministre reconnaît implicitement que ce modèle était insoutenable. Soit. Mais la leçon qu’il en tire, on ne peut pas annoncer des milliards dont on n’a pas le début d’un centime, aurait dû s’appliquer bien avant cette crise, à l’ensemble de la politique budgétaire des dernières années.

Il reste que Sébastien Lecornu a évoqué de nouvelles aides «ciblées». Le mot est prometteur. Un ciblage sérieux signifierait concentrer l’effort sur ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture, sur les professionnels dont l’activité dépend directement du carburant et sur les foyers modestes des territoires ruraux oubliés par les transports en commun. Ce serait une politique juste et économiquement défendable. Encore faut-il que ce ciblage ne soit pas, comme trop souvent, un habillage rhétorique dissimulant une inaction de fond.

Ce que ce moment révèle, au fond, c’est le prix de la dépendance. Dépendance aux marchés financiers internationaux, dont la moindre turbulence se répercute immédiatement sur les intérêts de la dette française. Dépendance aux approvisionnements énergétiques, dont la vulnérabilité s’expose à chaque crise géopolitique. Et dépendance, enfin, à un modèle fiscal qui fait de la consommation d’énergie une vache à lait budgétaire permanente, jusqu’au moment où la vache souffre trop pour être traitée davantage. La vraie question posée par ces 270 millions de mars n’est pas comptable. Elle est politique. Elle concerne les choix structurels que la France n’a cessé de différer et dont chaque nouvelle crise lui présente la facture.

IMPORTANT - À lire

Ces 270 millions de mars ne sont qu'un symptôme. Chaque crise présente à la France la facture de ses choix différés — budgétaires, énergétiques, géopolitiques.

Notre revue papier mensuelle décrypte ces mécanismes en profondeur, loin du bruit de l'actualité immédiate, pour comprendre vraiment ce qui se joue.

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