Budget 2026 : le gouvernement passe en force et neutralise le Parlement

Matignon engage la responsabilité du gouvernement sur les recettes du budget

Le Premier ministre avait solennellement juré, le 3 octobre, de ne pas recourir à l’article 49 alinéa 3 pour faire adopter le budget. Promesse vite envolée. Mardi, Matignon engage la responsabilité du gouvernement sur la partie « recettes » du projet de loi de finances, sans vote du Parlement.

La gauche hors PS – LFI, GDR, écologistes – ainsi que le RN et l’UDR ripostent avec deux motions de censure. Le PS et LR ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne les voteront pas, scellant leur sort. Le gouvernement devrait dégainer un deuxième engagement de responsabilité sur la partie « dépenses. »

Les critiques de chaque camp : un budget contesté de toutes parts

Le PS, en pleine négociation avec Matignon depuis l’automne, préfère se féliciter des avancées arrachées dans le projet de loi de finances. Bien que le texte ne soit pas le sien, le parti y voit un progrès et considère l’engagement de responsabilité comme la « moins mauvaise » option face à un Parlement paralysé.

Du côté de la gauche hors PS, on fustige un Premier ministre qui renie sa parole tout en imposant des coupes budgétaires d’un niveau inégalé pour viser un déficit de 5 %. Ces mesures, présentées comme des compromis, ne sont que de la poudre aux yeux : la surtaxe sur l’IS rapporterait 7,3 milliards en 2025, contre 8 milliards annoncés, tandis que la taxe sur les holdings a été tellement diluée par le Sénat qu’elle ressemble à une potion homéopathique. La prime d’activité masque mal le fait que l’État paie le complément de revenu que les grandes entreprises refusent de verser à leurs salariés, dénonce-t-elle.

Le Rassemblement national et l’UDR pointent également le reniement du Premier ministre et jugent que ce budget manque sa cible face à l’inflation qui étouffe les ménages. Ils dénoncent l’absence de justice fiscale réelle pour les classes moyennes ainsi que l’absence d’économies structurelles pour juguler le déficit.

La suite du forcing budgétaire : accélération législative et détour par le logement

Dès la semaine suivante, le gouvernement engagera sa responsabilité sur les dépenses du PLF, avant un engagement sur l’ensemble du texte. Deux nouvelles motions de censure sont attendues, promises au même sort que les précédentes.

Le texte filera ensuite au Sénat pour un passage éclair, avant un retour express à l’Assemblée, où le gouvernement engagera à nouveau sa responsabilité. Vendredi après-midi, le Premier ministre se rendra à Rosny-sous-Bois pour dévoiler un plan logement, avec quelques mesures budgétaires visant à détourner l’attention des tensions autour du budget.

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