Le ministère de l’Éducation nationale a récemment confirmé que les taux de réussite aux examens étaient gonflés artificiellement. Dans certaines académies, les résultats sont ahurissants.
«On sort d’une époque où, progressivement, on s’est mis à cacher le véritable niveau des élèves au moment des examens» , déplorait Gabriel Attal en mars dernier, à l’issue d’un déplacement au collège Mathurin-Régnier de Chartres (Eure-et-Loir). En prévenant que le taux de réussite au diplôme national du brevet devrait «baisser de manière importante» dès cette année, le premier ministre avait mis le doigt sur un secret de polichinelle : les excellents résultats aux examens nationaux ne reflètent pas le vrai niveau des élèves.
Au brevet, une pratique récemment mise en lumière permet depuis des années de faire gonfler artificiellement les résultats des élèves : les correctifs académiques. Bien sûr, la forte hausse du taux de réussite au brevet alertait depuis des années (73 % en 1990 contre 89,1% en 2023), mais les chiffres fournis par les services du premier ministre au Figaroen mars dernier ont permis de constater les résultats ahurissants dans certaines académies. À Créteil par exemple, le taux de réussite a été gonflé de 6 points de pourcentage en 2023. Même constat à Nice, Versailles, Limoges, Aix-Marseille, Lille, Nancy, Metz, Rouen et Caen, où plusieurs points ont été alloués arbitrairement. […]
Le brevet est loin d’être le seul diplôme concerné par ces manipulations. L’explosion du taux de réussite au bac interroge elle aussi. En 1990, seuls 75,5% des candidats obtenaient le bac général, contre 95,7% en 2023. Une hausse liée à l’évolution du processus de correction des épreuves. Les enseignants, à qui il est toujours conseillé d’être «bienveillants», doivent d’abord rééquilibrer les notes obtenues aux épreuves de spécialités, dont les sujets ne sont pas les mêmes pour tous, avec des niveaux de difficulté variables. Le jury se réunit ensuite pour harmoniser les moyennes et « attribuer d’éventuels points supplémentaires aux copies qui frôleraient la moyenne ou une mention», note Claire Guéville, secrétaire nationale responsable du lycée au Snes-FSU et professeure d’histoire-géographie. […]
Difficile d’établir qui de la baisse des exigences ou de la chute du niveau des élèves entraîne l’autre. Et si les deux phénomènes s’entretiennent, c’est bien la responsabilité de l’Éducation nationale qui est pointée du doigt. «Pour le ministère de l’Éducation nationale, si le taux de réussite au bac augmente, c’est que la réforme de l’examen est bonne. Ils veulent évaluer leur propre réussite politique plus que celle des élèves, et cela n’est pas acceptable» , conclut Claire Guéville.
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