L’Eurosystème n’est pas viable, il fuit de toutes parts mais on continue à écoper grâce à l’obligeance sans limites des banquiers centraux… OD

« Les achats de titres et prêts à taux négatifs ont fait exploser le bilan de la banque centrale européenne. A 4.157 milliards d’euros, il dépasse celui de la Réserve Fédérale et de la Banque du Japon.

Dans la course à la taille de bilan, la Banque centrale européenne prend la tête. En effet, selon les dernières données disponibles, le total des actifs de l’institut monétaire européen s’élève à 4.157 milliards d’euros, soit plus de 4.568 dollars, et devient ainsi le plus important bilan de toutes les banques centrales au monde (à l’exception de la banque centrale chinoise) sous l’effet de sa politique monétaire accommodante.

La banque centrale américaine (Fed) a 4.471 milliards de dollars d’actifs inscrits dans ses comptes au 5 mai. Son bilan est stable depuis début 2015, marquant la fin de son assouplissement quantitatif pour relancer l’économie américaine après la crise. Quant à la Banque du Japon, son bilan reste sous les 4.500 milliards de dollars à 4.467 milliards, mais affiche une progression quasi continue. En plus des taux négatifs – comme la BCE – l’archipel injecte 80.000 milliards de yens par an, soit 645 milliards d’euros via des achats de dette.

L’explosion du bilan de la BCE est principalement le résultat de son programme d’achats d’actifs (le fameux « QE ») lancé en mars 2015 pour relancer l’inflation. L’institution a décidé d’acheter pour 60 milliards d’euros d’actifs par mois, principalement de la dette des Etats européens. Ce volume mensuel a été porté à 80 milliards en mars 2016 . A la dette des Etats, la BCE a ajouté les obligations d’entreprises. Depuis avril dernier, la BCE a réduit à 60 milliards ses achats d’actifs.

Le mouvement n’est cependant pas près de s’arrêter : même si la BCE a mis fin à ses prêts de très longue durée à taux négatif ( les TLTRO ont aussi gonflé le bilan de l’institution ) l’eurosystème, ensemble des banques centrales de la zone euro, va continuer de grossir, le QE se poursuivant jusqu’à la fin de l’année au rythme mensuel de 60 milliards d’euros d’actifs. Se pose la question de la fin progressive des achats, « tapering » dans le jargon des marchés , alors que l’inflation se rapproche de la cible des 2%. Selon les observateurs il ne devrait pas commencer avant 2018 et des signaux avant-coureurs pourraient être envoyés aux investisseurs dès la réunion de juin.

Le délicat exercice du « tapering »

Pour le président de la BCE Mario Draghi, la tâche consistera à lancer progressivement la fin des achats sans brusquer les marchés , mais assez tôt pour donner en partie gain de cause aux faucons – partisans d’un tour de vis monétaire- au sein de l’institut, notamment l’Allemand Jens Weidmann. Outre-Rhin, le QE, ainsi que le taux de dépôt négatif sont vus d’un très mauvais oeil car ils font baisser les taux d’intérêt, donc le rendement des économies des Allemands, ainsi que l’euro.

Lors de la dernière conférence de presse, Draghi avait fait savoir son intention de finir le travail proprement, sous-entendant ainsi qu’il préférait arrêter le QE un peu trop tard que de prendre le risque de le stopper trop tôt. Mercredi encore, le patron de la BCE rappelait au parlement néerlandais, dans une atmosphère tendue, qu’il ne fallait pas crier victoire top tôt contre l’inflation.

L’institut d’émission a encore en mémoire une hausse prématurée des taux d’intérêt en 2011. Par ailleurs, la fin du QE ne signifie pas une diminution du bilan mais sa stabilisation. L’amaigrissement des banques centrales est une question qui agite les marchés. Que va-t-il se passer sur le marché obligataire ? C’est la grande inconnue qui promet des débats houleux, tout comme il y en a eu sur l’efficacité du QE ».

Etienne Goetz, Les Echos, le 11 mai 2017

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