🔥 Les essentiels de cette actualité
- Sur 33 témoignages reçus depuis le lancement de l’appel à témoins, l’association Innocence en danger a identifié six victimes potentielles et deux témoins directs liés au réseau Epstein en France.
- 80 % des témoignages collectés ont été écartés — complotistes, satanistes — révélant à quel point trier le vrai du faux dans cette affaire relève d’un travail de terrain considérable.
- Un mois après l’ouverture des enquêtes à Paris, la justice n’a toujours pas communiqué à l’association les noms des procureurs dédiés au dossier, bloquant l’orientation des victimes vers les magistrats compétents.
L’affaire Epstein ne finit pas de révéler ses ramifications françaises. Un mois après l’ouverture de 2 enquêtes par le parquet de Paris, les premiers chiffres issus du travail de terrain mené par l’association Innocence en danger donnent une mesure concrète, et troublante, de ce que pourrait représenter le volet hexagonal du scandale.
Sur 33 témoignages collectés depuis le lancement de l’appel à témoins le 24 février 2026, Me Mathias Darmon, l’un des avocats de l’association, établit un premier bilan sévère dans sa méthode et instructif dans ses conclusions. La majorité des témoignages reçus, 80 % selon ses propres mots, ne présentent aucune crédibilité sérieuse.
« Sur trente-trois témoignages collectés, 80% n’apparaissent pas sérieux du tout. Beaucoup de complotistes, de satanistes, mais on le voit très rapidement. Les 20% restants sont véritablement intéressants. Après échanges avec elles, nous avons identifié six victimes potentielles, et deux témoins qui auraient assisté à des échanges, des scènes, ou qui ont des connaissances ayant assisté à des scènes. »
Ce tri minutieux, que l’avocat décrit avec une forme de sang-froid professionnel, dit quelque chose d’important sur la nature de l’époque : autour de toute affaire de cette envergure, la rumeur, la paranoïa et le fantasme s’agrègent immédiatement au réel, rendant le travail d’identification des véritables victimes considérablement plus ardu. C’est précisément pour cette raison que le travail d’une association spécialisée comme Innocence en danger est irremplaçable.
Car derrière ces chiffres, il y a des femmes. 6 victimes potentielles identifiées, 2 témoins directs ou indirects, soit une dizaine de personnes dont les récits pourraient ouvrir des pistes concrètes sur l’organisation criminelle qui gravitait autour de Jeffrey Epstein en France. Homayra Sellier, présidente de l’association, avait d’ailleurs souligné jeudi dernier une réalité que l’on ne soulignera jamais assez : certaines victimes ont « trop peur de parler ou de se retrouver traquées par la presse ». La médiatisation intense de cette affaire, qui a ses vertus en termes de mobilisation publique, peut aussi constituer un obstacle pour celles qui voudraient témoigner discrètement.
Une justice qui peine à se coordonner
C’est là que le bât blesse le plus sérieusement. Innocence en danger cherche désormais à orienter ces victimes potentielles vers les magistrats compétents, la section mineurs du parquet de Paris chargée de l’enquête cadre sur le volet sexuel du dossier. Mais selon Me Darmon, la justice n’a pas encore communiqué à l’association les noms des procureurs spécifiquement dédiés au dossier Epstein.
Cette absence de coordination entre une association qui collecte des témoignages sur le terrain et les magistrats censés les instruire constitue un dysfonctionnement concret, documenté, qui mérite d’être nommé pour ce qu’il est : un retard préjudiciable aux victimes. Dans une affaire aussi sensible, où le temps joue contre la mémoire et contre la confiance des témoins, chaque semaine de flou organisationnel est une semaine perdue.
On comprend que le parquet de Paris est sous pression : les mêmes magistrats de la section mineurs doivent simultanément gérer le scandale du périscolaire parisien, une autre affaire de grande ampleur. La surcharge des juridictions françaises n’est pas une nouveauté, et ce ne sont pas aux victimes d’en faire les frais. L’accumulation de dossiers graves entre les mains des mêmes équipes devrait conduire à des renforts, à des arbitrages clairs et à une communication active avec les associations qui font le travail de premier contact avec les victimes.
Ce que révèle ce cas concret, c’est la tension entre l’émotion légitime suscitée par une affaire d’une telle gravité, avec l’ouverture rapide d’enquêtes, les déclarations publiques et la mobilisation médiatique, et la réalité souvent plus lente et plus fragile de l’appareil judiciaire chargé d’instruire les faits. L’ouverture d’une enquête est un acte juridique formel. Elle n’est pas, en elle-même, une garantie que les victimes seront entendues dans des délais raisonnables, ni que les associations qui les accompagnent disposeront des outils nécessaires pour les orienter efficacement.
L’affaire Epstein, dans sa dimension française, est encore dans sa phase d’émergence. Les 6 victimes potentielles identifiées à ce stade ne représentent probablement qu’une fraction de ce que l’instruction finira par révéler ou par taire. Le volet français du dossier porte en lui une exigence particulière : celle de ne pas se satisfaire de l’agitation médiatique, mais de construire patiemment et rigoureusement les conditions d’une vérité judiciaire. Cela suppose que la justice se donne les moyens de travailler et qu’elle daigne, a minima, communiquer avec ceux qui font le travail de terrain à sa place.
IMPORTANT - À lire
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