La « main invisible » est devenue folle !

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Après avoir combattu pour la liberté pendant des siècles (au moins depuis 1789), le peuple français ne peut qu’être séduit par un modèle « libéral ». Nos politiques l’on bien compris, et c’est ce qu’ils nous vendent depuis les années 80. C’est aussi ce qui (apparemment) dirige notre sphère médiatique. Aussi ont-ils entrepris de porter ce modèle au niveau Européen et d’en faire (apparemment) les bases d’un monde nouveau qui, bien qu’encore dans sa chrysalide) nous promet des lendemains qui chantent. Dans l’immédiat, nous héritons surtout de lendemains qui de changent pas …

La construction Européenne est d’apparence libérale. Néanmoins nous constatons des dérives fort inquiétantes qui nous dirigent vers plus d’inégalité, plus de pauvreté, moins de protection sociale. Alors est apparu un néologisme étrange : le Neo-libéralisme (pour ses supporters) ou l’Ultra-libéralisme (pour ses détracteurs). Nous parlons des « excès » du libéralisme.

S’agit-il vraiment de libéralisme? Adam Smith, le père des théories libérales, défini le marché comme une entité qui a une existence propre et est censée réguler de façon harmonieuse les échanges économiques au sein de la société (The Wealth of Nations – La Richesse des Nations, 1776). Il en trace les lignes et place les conditions de sa mise en oeuvre. On a souvent repris sa formule de « main invisible » pour justifier l’abandon du contrôle de l’état sur les processus économiques. C’est ainsi qu’est définie cette expression par Wikipedia : « Dans le domaine socio-économique, la main invisible est une expression qui désigne la théorie selon laquelle l’ensemble des actions individuelles des acteurs économiques, guidées (par définition) uniquement par l’intérêt personnel de chacun, contribuent à la richesse et au bien commun.« 

En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère,…

Or, si l’on relit, dans son contexte, ce qu’entend Adam Smith par « main invisible », on trouve ceci: « En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions » C’est ici la SEULE mention de « main invisible » dans La Richesse des Nations.

Il commence donc par « En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère,… ». Pour le fondateur de la théorie libérale, la main invisible est donc un protectionnisme induit par le souhait pour un industriel de favoriser le contexte économique dans lequel il évolue, pour autant que ce système propose des conditions de concurrence uniformes, une liberté d’entreprendre égale, un contexte sociale et fiscal juste et transparent.

Adam Smith n’avait visiblement pas pensé à l’apparition des « Multinationales ».  C’est là que le bas blesse : les conditions de développement du libéralisme sont donc bafouées par un capitalisme supra-national, qui se libère des conditions, parfois contraignante, de la « main invisible ». Main qui mériterait de devenir bel et bien visible.

Notre souhait d’augmenter les relations économiques entre les pays a permis de souder les intérêts de ces pays et rendu la guerre entre eux « sans intérêt » : personne n’a intérêt à entrer en guerre, nous aurions trop à y perdre. La contrepartie a été la possibilité de fusionner des entreprises, puis d’en créer de nouvelles, par delà des frontières nationales devenues, au sein de l’Union Européenne, inutiles, et ailleurs, plus ou moins poreuses aux flux économiques.

Nous sommes dans un système antilibéral,
ultra-capitaliste et financier

Le résultat est un système ANTILIBÉRAL, au dedans et en dehors des frontières nationales et européennes. Un système Ultra, certes, mais Ultra capitaliste, qui présente tous les aspects des excès du capitalisme: exploitation des mains d’oeuvre les moins chères, donc les moins protégées, les plus malléables et interchangeables, arbitrage entre les pays en fonction de leur conditions fiscales, et entre les marchés en fonction de leurs contraintes réglementaires.

La libération du système bancaire a fini de déborder complètement le système libéral par « l’extension du domaine de l’argent » : l’apparition des produits dérivés boursiers a conduit le capital à se reproduire sans le truchement du travail : la part des profits générés par la spéculation dépasse aujourd’hui ceux générés par l’économie dite « réelle ».

C’est bien de ces excès du capitalisme et de la financiarisation de l’économie dont les peuples souffrent depuis quelques décennies. La « main invisible » ne fonctionne plus, à tout le moins comme il faudrait. Le libéralisme de surface est devenu un outils de rentabilisation des nations par les oligopoles aux revenus financiers démesurés. Par la force des choses, ils s’établissent là où les conditions de profit sont les meilleures, faisant, sans le vouloir, pression sur les gouvernements pour une mieux-disance fiscale et une moins-disance sociale ou écologique.

Ainsi, les entreprises du CAC-40 payent en moyenne moins de 10% d’impôts sur le bénéfice de ce que paient les entreprises non Multinationales, et emploient une majorité d’employées en dehors des frontières françaises. Elles ont des revenus financiers parfois supérieurs aux revenus de leur activité propre.

La prise en main des grands médias dans les pays occidentaux par les plus grandes entreprises n’est ni le fait d’un improbable complot ou d’une imaginaire volonté hégémonique, mais d’un simple calcul « marketing ». Dans un monde de communication, il est une « best practice » de maîtriser les informations diffusées vers le client. Dans ce contexte, la possession d’un média est un atout considérable, sans arrière-pensées. La réussite d’une entreprise étant directement liée à son image de marque (le « branding »), un élément essentiel de bonne gestion de ces grandes entreprises est de savoir orienter les goûts et habitudes, donc les pensées, des consommateurs, et au delà, rassurer les investisseurs et les actionnaires.

Le résultat est un appauvrissement de la liberté de la presse et, par là, des freins habituels qu’une société démocratique est capable d’actionner quand des excès ou des abus sont avérés. La « pensée unique », dénoncée il y quelques années par Jean-François Kahn, s’est maintenant muée en une « Doxa » économique et médiatique, difficile à contourner et à contredire.

En réalité, la « main invisible » est devenue folle et incite aujourd’hui les entreprises à mettre en concurrence les systèmes et à y contrôler la communication. Elle favorisent la dégradation des conditions de vie pour l’être humain en général (une entreprise ayant une activité très polluante sera tentée de s’installer en dehors des pays ayant adopté de très strictes normes dans ce domaine).

L’Europe et son projet fédéral ne cherche pas à changer cela : la folle main invisible s’abattrait ses gouvernements, croit-on, et les grandes multinationales déplaceraient leurs activités vers des cieux plus accueillant.

Mais ni le libéralisme, ni le capitalisme ne sont en cause en tant que système. Ils sont tout deux intrinsèquement neutres et dépendent du choix des gouvernements dans les conditions de leur mise en place. Ils ont prouvés leur efficacité pour, justement, construire la richesse des nations. Leur extension au monde, sans tenir compte des concurrence déloyales, et le développement des profits de la spéculation sont les seuls fautifs de la mise en esclavage de populations entières, là-bas, et de l’appauvrissement d’autre populations, ici. Certes, beaucoup de ces nouveaux esclaves ont bénéficié de meilleures conditions de vie, mais au prix de l’appauvrissement des classes moyennes occidentales(*) , au prix d’un affaissement des protections sociales en Europe, et bientôt en France.

La main invisible est devenue folle. Si elle n’est pas rendue bien visible, et si elle ne protège les populations d’une concurrence déloyale, comme souhaité par les pères du libéralisme, les pays européens se refermeront comme des huîtres, les uns après les autres.

Si Adam Smith pouvait voir ce que ses théories ont engendré, il s’exclamerait, paraphrasant Karl Marx,  : « Capitalistes de tous les pays, excusez-moi » (et non « unissez-vous » : ça, c’est déjà fait).

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(*) Le FMI alerte sur la hausse du risque de pauvreté en Allemagne
Lire : Le Monde 16.05.2017

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