Une alternative politique, au-delà d’une simple alternance, se profile : Un deuxième tour souverainiste entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Comment rester optimiste, comment trouver de l’espoir quand seuls les candidats « par défaut » se retrouvent au deuxième tour, quand notre classe politique traditionnelle (la plus bête du monde) est finalement exclue du débat, quand le « il faut tous les virer » l’a emporté ?

L’incertitude sera de mise, en remplacement d’une continuité dans la médiocrité et l’abandon. Y gagnerons-nous au change ? Peut-être bien. Le changement qui se profilera devra tout d’abord être confirmé lors des législatives qui suivront, et il sera important qu’il le soit, sous peine de gouvernance impossible.

Peu importe nos opinions à ce moment-là, il faudra donner au nouveau président (ou à la nouvelle présidente), les moyens de mettre en œuvre la volonté populaire dans de bonnes conditions. Dont acte. Plaçons-nous dans l’hypothèse (fort probable au demeurant) que le peuple Français, via la mise en œuvre d’un système électoral proportionnel, aura donné à son nouveau champion les moyens de gouverner.

Quelle Europe peut-elle émerger, et comment ?

Le chantier essentiel à mettre en œuvre devra être constitutionnel et Européen : Préparer une alternance à Bruxelles. Un projet Européen devra-être constitué sur la base d’une Europe des nations, dotée d’une monnaie commune (et non unique), n’exigeant pas d’abandon de souveraineté. En tout cas, il devra préparer un retour de la souveraineté nationale de la France, et une capacité de dévaluation compétitive.

Un référendum en France sur cette alternative Européenne devra être planifié, après en avoir informé nos partenaires Européens, dès avant la fin des cents premiers jours, à une date fixée à l’avance (fin 2018 ou début 2019), sous la forme d’une question « Etat fédéral » ou « Confédération d’Etats-Nations Souverains ».

En cas de réponse favorable à la confédération, l’article 50 du traité de Lisbonne sera actionné par la France et dans la foulée, une nouvelle Europe, ou Confédération Européenne d’Etats-Nations sera proposée à tous les pays souhaitant eux aussi actionner l’article 50 du traité de Lisbonne, ou l’ayant déjà fait comme la Grande Bretagne.

Cette confédération permettra aux Etats membres de disposer de leur monnaie propre, arrimée ou non à une monnaie commune, sur un mode où une dévaluation coordonnée sera possible, une fois tous les 5 ans, selon les accords monétaires confédéraux, pour l’une ou l’autre des monnaies de la confédération.

Une appartenance progressive sera proposée aux Nations Souveraines d’Europe : Une appartenance libre, sans grande obligation, comme nous avons connue avec les Etats « postulants » à l’entrée dans l’union. Ce stade sera en réalité une période d’observation, d’évaluation et de convergence. Puis, une appartenance stricte, pendant laquelle la monnaie du pays est soutenue et stabilisée par la banque centrale de la confédération ; enfin une appartenance pleine, ou la parité avec la monnaie commune est fixée. Les membres actuels de la zone Euro pourront accéder directement à l’appartenance pleine en tant que membres fondateurs.

… Un modèle fiscal et social unifié …

Chaque État pouvant passer d’une appartenance à l’autre relativement librement, en fonction de ses choix économiques et politiques, suite à une élection ou à un référendum, en accord avec la majorité des Etats membres. La qualité populaire et national du vote devra être avéré, de sorte qu’à tout moment de sa vie, le caractère démocratique de la confédération ne puisse être mis en cause, ce dernier primera sur toutes considérations économiques.

A cet égard, certains pays, comme la Belgique, devront sans doute modifier leur constitution pour permettre la légalisation du référendum.

La sortie complète de la confédération sera également possible, toujours démocratiquement, et un certain nombre de dispositions devront être proposées pour qu’une telle sortie ne soit pas rédhibitoire (ou politiquement incorrecte). Le retour sera, bien sûr, plus contraignant pour l’Etat ayant souhaité, pendant une certaine période, voler de ses propres ailes.

Un modèle fiscal et social unifié devra être conçu pour donner corps à cette confédération des Peuples Européens et sera la condition pour accéder à l’appartenance pleine, ouvrant ainsi les marchés des autres nations d’appartenance pleine de la confédération. Un nouveau marché unique, assuré du soutien des peuples, sera ainsi créé. Ce marché devra être dès le départ au moins autant protectionniste que nos principaux partenaires extra-européens que sont la Chine, l’Inde, la Russie et les Etats-Unis, qui développent quant à eux des stratégies non coopératives.

Dans cette hypothèse, la confédération devra être conjointement décidée avec l’ensemble des pays de la zone Euro, dont l’Allemagne. On sait que la plupart des économistes Allemands sont très inquiets de l’explosion de la monnaie (Selon Jacques Attali, « une monnaie sans état, ça explose ») qui coûterait extrêmement cher à l’Allemagne: elle dispose aujourd’hui d’un stock monétaire en Euros énorme, qui ferait s’effondrer l’économie du pays en cas de grave crise monétaire. l’Allemagne souhaitera donc profiter de l’aubaine pour se libérer du poids de l’Euro et de faire valoir ses exigences vis-à-vis de la nouvelle confédération. Les négociations seront rudes.

Cette confédération devra également considérer la Russie de Vladimir Poutine à laquelle elle assurera un partenariat privilégié. La Russie étant un grand pays qui fait déjà partie du rêve Européen « de l’Atlantique à l’Oural ».

Une nouvelle orthodoxie économique ?

L’imposition d’une nouvelle orthodoxie économique est exactement ce qui doit être évité : la prédominance démocratique doit permettre d’assurer que les choix économiques (et pas seulement politique) seront effectués par les peuples. Certes, le modèle économique proposé par Jean-Luc Mélenchon, qui s’aligne sur Hugo Chavez, Fidel Castro ou Evo Morales, vise plutôt une appartenance à l’ALBA (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América) qu’à une alliance capitalistique. Au vu des résultats économiques et sociaux des plus importants de ses membres : le Venezuela, Cuba et la Bolivie, parions que ce modèle ne sera pas le premier choix des Allemands et espérons qu’il ne sera pas celui du peuple Français.

A cet égard, les propositions de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne se valent pas, loin s’en faut: Marine Le Pen souhaite d’évidence utiliser le Frexit comme arme de dissuasion nucléaire pour forcer la main aux états de l’Union Européenne, et principalement l’Allemagne, en vu d’ouvrir les discussions, le reste de son programme n’étant qu’électoraliste et ne repose que sur la réussite du pari souverainiste.

Une certaine orthodoxie sera donc de mise, et dans la mesure où une sortie de l’un des membres ne sera plus rédhibitoire, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes sera assurée. Gageons que l’implication des peuples dans le choix de leur destin participera à leur éducation. Et d’ailleurs, un standard de qualité en matière d’éducation sera une condition nécessaire à la réussite de la confédération.

On peut imaginer que la convergence sociale et fiscale, les échanges culturels et économiques imprimera chez les peuples une volonté de rapprochement économique. Ce dernier, s’il reste entre les mains des peuples, et à cette condition, pourrait déboucher sur un projet fédéral, qui n’est en réalité possible que s’il est porté par un élan constructif des populations (lire Robert Redslob, un des pères fondateurs du traité de Rome).

… Le passage à l’étape fédérale
ne sera pas prévu …

L’Euro resterait une monnaie commune tant que la confédération existe. Le passage à l’étape fédérale ne sera pas prévu dans sa constitution, mais pourra devenir probable, à la suite de cet élan démocratique constructif, qui par voie de conséquence, mettra fin à la confédé-ration.

On pourra alors rêver – à l’horizon du siècle ! – à la constitution d’un Etat Fédéral Européen moderne, soutenu par un peuple, désormais uni et unique, souhaitant l’avènement d’une Nation Europe, et donc pourvu d’un sentiment national correspondant. Il fera du continent un ensemble cohérent, démocratique, économiquement fort et protecteur, disposant d’une monnaie forte et stable, d’un gouvernement dirigé par un président ou une présidente élu(e) au suffrage universel sur le principe d’un homme, une voix. Un état fédéral, auquel la France aura cédé son droit de véto au conseil de sécurité, qui aura une place prépondérante dans le monde.

… l’expérience fédérale s’achèverait par la volonté de peuples en paix …

Pour l’heure, une telle affiche (Marine Le Pen – Jean-Luc Mélenchon), après le Brexit et les mouvements populaires souverainistes Européens, prouvent qu’il était illusoire de penser que des Etats séculaires, ayant combattus pour leurs libertés et leur souveraineté les uns contre les autres pendant des siècles, puissent en 25 ans se fondre en un Etat fédéral unique.

Soyons heureux que l’expérience fédérale s’achève par la volonté de peuples en paix, par voie démocratique plutôt qu’autrement. Alors si c’est le cas le 23 avril prochain, accompagnons l’alternance Européenne et espérons qu’une Autre Europe en paix est possible. Avec les peuples, cette fois, et à chaque étape de sa constitution.

En effet, les conséquences sociales des accords signés ces 10 dernières années, y-compris celui de Lisbonne en 2007 (refusé pourtant par voie de référendum par le peuple Français deux ans plus tôt), auront finalement prouvé que faire l’Europe Fédérale dans le dos des Peuples, ça ne marche pas.

Le risque ?

Une autre hypothèse, économiquement justifiée, est la constitution d’une confédération des états du Sud de l’Europe. La différence relativement grande qu’il existe entre les peuples Français et Allemands peut laisser penser que l’erreur de la zone Euro est la fédéralisation de peuples qui finalement ont peu de choses en commun. Les modes de consommation, la relation au travail, à la cuisine, aux loisirs sont facilement comparables entre les Français, les Italiens, Les Espagnols, les Portugais, les Grecs, beaucoup moins avec les Allemands, les Scandinaves, les Néerlandais.

Une confédération au Sud, doté d’une monnaie commune, et une Union Européenne du Nord, partageant une monnaie unique (un grand « deutsche mark ») entreraient nécessairement en concurrence et placeraient l’Angleterre en arbitre, ce qui aurait un effet dévastateur sur la stabilité et la paix en Europe.

Quoi qu’il en soit, espérons que nos candidats souverainistes aient bien en tête de conserver l’unité stratégique de la coopération intra-européenne. Espérons que leurs choix anti-fédéralistes ne considèrent pas la « Pax Europeana » comme acquise pour les siècles des siècles.

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