Ukraine. Aucune chance pour la paix sans aller plus loin dans la guerre

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Par Moon of Alabama – Le 21 novembre 2022

Il y a une semaine, j’ai salué les pourparlers entre le directeur de la CIA, Bill Burns, et le directeur du service de renseignement extérieur russe, Sergei Naryshkin, mais j’étais sceptique quant à leur issue :

Il n’y aura pas de cessez-le-feu maintenant, mais discuter est de toute façon une bonne chose. Les deux parties doivent faire de leur mieux pour continuer à discuter.

La Russie a demandé beaucoup de choses : un retrait de l’OTAN à sa position de 1997, les quatre régions d’Ukraine qui sont déjà devenues des régions russes, une garantie que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’OTAN. Les États-Unis ne sont certainement pas prêts à s’engager dans cette voie, du moins pas encore.

Il faudra du temps et de nombreuses autres discussions pour que les États-Unis reviennent à la raison et fassent les concessions nécessaires pour mettre fin au conflit.

Il faudra également vaincre l’armée ukrainienne, et tous ceux qui la rejoindront, sur le champ de bataille. La Russie peut y parvenir si elle se concentre sur cet effort.

Depuis, la Russie a lâché une nouvelle salve de missiles sur le réseau électrique de l’Ukraine. Cette action confirme que les pourparlers n’évoluent pas dans un sens positif.

Maintenant, Yves Smith et Gilbert Doctorow citent des handicaps supplémentaires aux compromis nécessaires qui pourraient mettre fin à la guerre.

Smith commence par examiner les récentes déclarations du côté américain. Rien n’indique que quiconque au sein de l’administration Biden cherche une voie vers la paix. Le général Milley, qui a rendu publique la suggestion de pourparlers après avoir perdu la main en interne a, du coup, été sifflé en retour :

Certains observateurs attentifs du conflit russo-ukrainien ont évoqué la possibilité de pourparlers de paix. Comme nous le verrons bientôt, votre humble blogueur pense que ce point de vue n’est actuellement pas bien aligné avec la réalité. Oui, les choses semblent s’être dégelées au point que les États-Unis ont renoncé à la politique de non-communication, comme aux jours les plus sombres de la guerre froide, avec la Russie. Mais si le passage du zéro absolu à un froid glacial est techniquement un réchauffement, il fait encore terriblement froid. Les positions des deux parties ne se recoupent pas, ce qui signifie qu’il n’y a aucune base de discussion.

Un autre problème des pourparlers est qu’il n’y a personne à qui parler. Le comédien ukrainien Zelensky n’est pas dans une position où il peut faire des concessions sans risquer sa vie :

Et l’un des plus grands obstacles à tout règlement, autre que la Russie qui en fin de compte dictera ses conditions, est le leader que l’Occident collectif a mis sur un piédestal : Zelensky, avec le lourd bagage qu’est son cercle intérieur banderiste.

Smith cite l’ancien président russe Medvedev qui avait expliqué le problème ainsi :

Le vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, dans un commentaire récent sur Telegram, résumé par TASS, a correctement décrit comment Zelensky est coincé :

Néanmoins, « Zelensky ne veut pas de négociations pour des raisons égoïstes évidentes. De plus, elles [les négociations] sont très dangereuses pour lui« , poursuit Medvedev.

« Après tout, à moins qu’il ne reconnaisse la réalité qu’est l’éclatement de l’Ukraine, cela n’a aucun sens de s’asseoir à la table [des négociations]. Une fois qu’il l’aura admis, il sera éliminé par ses propres nationalistes qui ont des liens avec les hauts gradés de l’armée, et dont il a une peur bleue« , a déclaré Medvedev, décrivant la situation par un terme d’échecs, « Zugzwang » (position dans laquelle chaque mouvement d’un joueur aggrave sa situation).

Ce scénario met également en évidence le gâchis dans lequel se trouve l’Occident s’il devait réellement prendre au sérieux sa volonté de négocier (comme indiqué plus haut, mon interprétation de la vague de nouvelles est qu’il s’agit d’une combinaison de gestion de l’image et d’une certaine jactance personnelle ; rien n’indique que Biden, Blinken, Sullivan ou Austin aient changé de position), ils ne peuvent pas manœuvrer dans le contexte de l’infestation néo-nazie engendrée par les États-Unis. Zelensky devra résister à toute tentative de paix. S’il était tué, les néo-nazis accuseront la Russie et s’en serviront comme prétexte pour adopter des positions encore plus radicales. Après tout, combien cela coûterait-il aux États-Unis de fournir des renseignements et d’autres formes de soutien à leur terrorisme ?

Au cours des derniers mois, la Russie a fait un certain nombre de déclarations qui pourraient être considérées comme des demandes de pourparlers :

Le mois dernier, la série d’appels à la négociation lancés par Poutine s’est intensifiée. Le 30 septembre, Poutine a appelé Kiev à « revenir à la table des négociations« . Le 11 octobre, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a déclaré que la Russie « était prête à s’engager avec les États-Unis ou la Turquie sur les moyens de mettre fin à la guerre. » Deux jours plus tard, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que Moscou était « ouvert aux négociations pour atteindre nos objectifs. » Le 26 octobre, Poutine a envoyé un message à Zelensky par l’intermédiaire du président de la Guinée-Bissau, Umaro Mokhtar Sissoco Embalo, disant qu’ »il souhaite et pense qu’un dialogue direct devrait avoir lieu entre vos deux pays. » Le 30 octobre, Lavrov déclarait que la Russie était « prête à écouter nos collègues occidentaux s’ils font une autre demande pour organiser une conversation« , tant que les besoins de la Russie en matière de sécurité sont pris en compte. Et le 1er novembre, Poutine déclarait que les « conditions nécessaires » pourraient être réunies et servir de catalyseur aux pourparlers.

La phase de recherche de négociations par la Russie semble désormais terminée.

Gilbert Doctorow constate que la société russe est passée à autre chose et que les hommes politiques de premier plan suivent son exemple :

Le fait est que la société russe, du haut en bas de l’échelle, est très mécontente de l’état actuel de la guerre, mais son mécontentement est dû à ce qu’elle considère comme la pusillanimité de son propre gouvernement qui ne répond pas plus résolument aux frappes d’artillerie continues sur les régions de Koursk et de Belgorod à partir de l’oblast de Kharkov, juste de l’autre côté de la frontière, sans parler des atrocités telles que la vidéo qui vient d’être publiée du meurtre de sang-froid de prisonniers de guerre russes par des soldats ukrainiens joyeux. Le retrait de la ville de Kherson a enflammé les passions du public russe qui exige de meilleures explications à son parlement et à la télévision que celles qu’il a reçues jusqu’à présent.

La pression exercée sur Poutine provient de ses propres partisans patriotes, et une trêve intempestive pour des négociations en ce moment pourrait conduire à des troubles civils en Russie.  Il ne s’agit pas là d’une simple spéculation : la dernière édition de l’émission-débat « Dimanche soir » avec Vladimir Solovyov, à laquelle ont participé activement un vice-président de la Douma issu du parti au pouvoir Russie Unie et un président de commission de la Douma issu des communistes, l’a parfaitement montré, ce qui signifie que les élites du pays suivent le courant populaire contre le ministre de la défense Shoigu, si ce n’est contre ceux qui sont encore plus hauts placés au Kremlin.

Comme le conclut Yves Smith :

Je ne vois donc pas d’autre alternative que de voir la Russie continuer sur sa voie actuelle de paralysie de l’Ukraine. Et je suis sûr que les Russes ont déjà compris cela depuis un certain temps et ne voient rien qui suggère qu’il serait judicieux de changer de cap.

Je suis d’accord.

Cette guerre insensée va pour l’instant se poursuivre.

Pendant ce temps, il gèle ici, dans le nord de l’Allemagne, où l’hiver risque d’être très coûteux.

La Grande-Bretagne continue d’acheter du pétrole russe à des tiers, tandis que l’UE recevra son gaz russe via l’Azerbaïdjan. Les prix unitaires seront beaucoup plus élevés que ceux de toute importation directe en provenance de Russie. Les différences de prix vont enrichir un certain nombre d’intermédiaires au détriment des consommateurs britanniques et européens.

On se demande combien de temps encore les politiciens européens pourront justifier cette mascarade.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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