Uber Files, le dossier choc sur la multinationale américaine : pression et argent pour changer les lois européennes

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par Alessandro Della Guglia.

En mai dernier, nous avons été interrogés dans ce journal, Il Primato nazionale : que faisait Mario Draghi avec le PDG mondial d’Uber ? Pourquoi le Premier ministre italien avait-il décidé de rencontrer « en secret » Dara Khosrowshahi (photo), venu à Rome depuis la lointaine Californie ? À l’époque, cela nous semblait être le prélude au feu vert de la multinationale américaine en Italie, une ouverture vers la conclusion définitive – autant qu’évitable – du processus réglementaire de réforme de tout un secteur, déjà entamé en 2019.

Aujourd’hui, la question à poser est tout autre : dans quelle mesure et de quelle manière le géant californien a-t-il fait pression sur les gouvernements européens (y compris l’italien) ces dernières années ? La réponse dans ce cas est plutôt facile : beaucoup de fois, voire trop de fois. Du moins à en juger par ce qui ressort du dossier choquant réalisé par un consortium international de journalistes d’investigation et rapporté par un certain nombre de journaux européens prestigieux (dont le Guardian, la BBC, Le Monde et L’Espresso). Baptisé « Uber Files », l’impressionnant dossier comprend plus de 120 000 interceptions, 83 000 e-mails et d’autres fichiers sur les opérations menées par la multinationale américaine entre 2013 et 2017.


« Uber Files », le dossier choc sur la multinationale américaine

« Uber a secrètement mené pendant des années des campagnes de pression et de persuasion auprès de chancelleries à travers toute l’Europe et aux États-Unis, tout en soutenant sa manœuvre agressive d’expansion mondiale par des pratiques à la limite de la légalité, voire en dehors de celle-ci », écrit le Guardian. Et c’est sans doute le nom du président français Emmanuel Macron qui est le plus important et le plus compromettant et qui apparaît dans ce copieux dossier. Car selon le Guardian, d’après les documents en question, Macron aurait « secrètement aidé Uber dans ses activités de lobbying en France ». Mais la multinationale américaine aurait approché plusieurs autres dirigeants de diverses manières :

L’actuel président américain Joe Biden, l’actuel chancelier allemand Olaf Scholz, l’ancien ministre britannique des Finances George Osborne, l’ancienne commissaire européenne Neelie Kroes et même l’ancien Premier ministre italien Matteo Renzi. L’enquête se concentre notamment sur les agissements du cofondateur d’Uber, Travis Kalanick (photo), qui aurait agi « en utilisant la force brute pour introduire les services de son entreprise, quitte à violer les lois et règlements régissant les services de taxi ».

À titre d’exemple, selon ce que révèle le dossier, les hauts responsables d’Uber auraient sorti des phrases pour le moins déconcertantes, qui soulignent une philosophie d’entreprise impitoyable : « Nous sommes des putains d’illégaux », « Mieux vaut demander le pardon que la permission », « Nous commençons d’abord par l’entreprise, puis vient la tempête de règles et de contrôles ».

Italie, « Opération Renzi »

Mais dans le dossier, tel que révélé par L’Espresso, apparaît également la dénommée « Italy-operation Renzi », un nom de code pour identifier une campagne de pression menée par Uber – de 2014 à 2016 – qui visait à conditionner le Premier ministre italien de l’époque ainsi que certains ministres et députés du PD socialiste. Dans des courriels envoyés par des cadres supérieurs de la multinationale américaine, Renzi est décrit comme « un partisan enthousiaste d’Uber ». Pour approcher le Premier ministre italien de l’époque, Uber aurait également impliqué des personnalités institutionnelles importantes telles que John Phillips, l’ambassadeur américain à Rome à l’époque.

Renzi s’est défendu en disant qu’il n’avait « jamais personnellement » suivi les questions relatives aux taxis et aux transports, qui étaient alors gérées « au niveau ministériel, pas par le Premier ministre ». Le leader d’Italia Viva confirme toutefois qu’il a rencontré l’ambassadeur Phillips à plusieurs reprises, mais ne se souvient pas avoir jamais discuté d’Uber avec lui. En tout cas, comme le précise L’Espresso, le gouvernement dirigé par Renzi n’a pas approuvé de mesures spécifiques en faveur de la multinationale américaine. La pression du colosse californien reste, décidément, inquiétante. Ainsi qu’une série de méthodes déconcertantes mises en œuvre par Uber, sur différents fronts. « Des travailleurs exploités, sous-payés, espionnés, licenciés sans préavis ni justification. Des programmes secrets pour bloquer les ordinateurs des entreprises lors des perquisitions de la police. L’argent s’est déplacé vers les paradis fiscaux pour éviter de payer des impôts, tandis que des milliards de pertes apparaissent dans les bilans officiels », rapporte L’Espresso.

source : Il Primato Nazionale

via Euro-Synergies

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