Après la flamboyante réussite de la French Tech mondialement connue dans toute la France, le frétillant gouvernement d’Edouard Philippe ne pouvait en rester là. C’est sans doute pour cela que Bruno Le Maire, l’actuel ministre de ce qui reste d’économie et de finances en France, s’est auto-désigné pour lancer une nouvelle idée aussi surprenante qu’indispensable : la French Fab.

Quelque part, c’était logique et dans la droite lignée de ce qu’on a connu jusqu’à présent : la french touch est reconnue dans le monde entier, nos élites s’époumonent à faire croire que la french tech se fait connaître pendant que la french tax conquiert les coeurs et les portefeuilles français avec un appétit vorace. Il n’était que temps que la french fab face son apparition.

Le « Fab » n’est pas pour « fabuleux » — encore qu’avec Bruno Le Maire comme pilote, aucun superlatif n’est à écarter — mais le résultat mûrement réfléchi en quatrième vitesse par un gouvernement tout frétillant à l’idée de réaliser la vision du Grand Homme à la barre ; Emmanuel Macron, pendant sa campagne, avait en effet déclaré :

« Je veux faire de la France une Startup Nation. Une nation qui pense et bouge comme une startup. »

Sans doute les centaines de nouvelles pages de lois qui s’amoncellent dans les différents codes français participent-elles de cet esprit « startup », version officine notariale en surchauffe ? En tout cas, le petit Bruno a bien compris sa feuille de route : il va falloir startuper un peu tout ça et la French Fab est l’occasion où jamais.

Concrètement, cette French Fab veut fédérer toutes les entreprises industrielles, de la TPE à la multinationale en passant bien sûr par les « acteurs du développement local », c’est-à-dire les officines de l’État et leurs sprinklers à pognon, en ce compris Bpifrance, cette institution dont on se rappellera avec sang-froid que si elle crame notre pognon, c’est pour la bonne cause. Ou presque quasiment pour ainsi dire.

Encore plus concrètement et au-delà du joli coq bleu, logo représentant cette French Fab dans une déclinaison rudement originale du coq rose de la French Tech, il semblerait que cette initiative soit une campagne de promotion et, de façon plus ou moins liée, qu’un fonds d’innovation doté de 10 milliards d’euros sera lancé dans la foulée.

Histoire de donner un peu de corps à tout ça, le soldat Bruno s’est tout de même donné un peu de mal en trouvant quelques défis à relever : l’innovation (sourire), la baisse du coût du travail (gloussements), la cohérence des filières (rires), la formation (rires francs) ou la compétitivité fiscale (rires massifs, crampe de mâchoire, crise cardiaque, AVC). Il est en effet difficile de rester de marbre à l’évocation de ces différents domaines dans lesquels l’Etat et ses petites interventions ont largement montré leur capacité à créer du chaos et de l’abomination.

L’innovation a rarement bénéficié des coups de pouce de l’État qui agit plutôt comme un perturbateur en réorientant, généralement sans finesse, le capitalisme vers ce que ses hommes ont cru déceler comme tendance ou bon plan. Le fait est que l’innovation, la vraie, surprend toujours et surtout les institutions gouvernementales, qui ont bien du mal à s’y adapter.

La baisse du coût du travail est une arlésienne qu’aucun gouvernement n’a jamais attaqué de front. Les remèdes sont connus (libérer les différents monopoles assurantiels, redonner des latitudes aux entreprises en matière d’emploi et de licenciement, …), les idéologues aux aguets et les syndicats toujours le doigt sur le briquet de l’allume-barbecue pour les merguez-parties qu’ils déclencheront avec ou sans préavis. Bref, peine perdue.

La cohérence des filières n’a jamais été ni le fort des institutions étatiques, ni même dans ses attributions. Seul le marché est apte à déterminer, par voie de la réussite ou de la faillite des projets, quelles filières doivent être favorisées et comment. Le seul fait que l’Etat veuille avoir son mot à dire est parfaitement grotesque et se traduit en France par pléthore des lignes de TGV non rentables, un Concorde à la casse, un minitel rigolo ou d’autres tentatives qui n’ont fait rire qu’un temps.

Quant à la formation ou la compétitivité fiscale, il n’y a que de rares domaines où l’action des hommes de Bercy a été aussi néfaste. La formation en France est devenu la véritable source de financements occultes des syndicats et la compétitivité fiscale se traduit, jours après jours, par une véritable compétition des services de Bercy à celui qui trouvera qui la nouvelle taxe, qui la nouvelle accise, qui la nouvelle ponction libératoire assassine dont il faudra agonir le contribuable, le salaud d’entrepreneur ou le riche possédant. Bref, on peut le dire : cette histoire de formation ou de compétitivité fiscale, c’est de la grosse blague.

En fait, de façon super-plus-concrète, cette French Fab, au-delà du pins rigolo, c’est un peu la même chose que la French Tech : un truc-machin qui sent bon la marinière blanche à rayures bleu marine et un magnifique effet d’annonce qui enrobe plus ou moins habilement… un grand courant d’air chaud comme nos énarques savent si bien en produire à la fin de repas plantureux. Mais cela fait parler les rédactions qui, il faut bien le dire en épluchant les quelques articles qui y sont consacrés, sont bien en peine de définir précisément ce que cette appellation recouvre exactement.

Une fois le voile levé, et compte tenu du retentissant succès de la French Tech dont tout le monde se contrefiche éperdument outre-France, on sait déjà que cette French Fab aura bien du mal à imposer quoi que ce soit dans quelqu’esprit que ce soit.

Mais pour le soldat Bruno, peu importe : la French Fab, c’est d’abord et avant tout la perspective de briller devant les caméras, ne fut-ce qu’un instant, l’idée de monter un truc tout neuf et de laisser sa petite crotte sa grandiose empreinte dans le paysage fiscal français et, qui sait, de faire « mieux » ou « aussi bien » que Montebourg avant lui.

C’est ça, l’essentiel. Non ?

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