Rencontre Poutine-Biden. Y-a-t-il finalement un changement dans la relation entre les deux pays ?

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Par The Saker – Le 7 décembre 2021 – Source The Saker’s Blog

Les médias occidentaux écrivent avec une uniformité et une discipline qu’une parade de SS pourrait envier : Joe Biden a adressé un « sévère avertissement » à Poutine : n’envahissez pas l’Ukraine, sinon… (voir iciici ou ici).

Comme la Russie n’a ni l’intention, ni le besoin, ni même la capacité (dans l’état actuel des choses) d’« envahir » l’Ukraine, nous pouvons être certains que Joe Biden fera sa meilleure imitation du « shérif plissant les yeux à OK Corral » (les présidents américains aiment faire cela pour avoir l’air « dur » et donc « présidentiel ») et déclarera qu’il a empêché, à lui seul, une invasion russe en Ukraine ! Il est tellement plus « dur » que Trump, non ?


Bien. Peu importe. C’est un petit prix à payer pour éviter une guerre à grande échelle (ou même limitée).

 

C’est un coup de relations publiques évident, qui n’aidera même pas beaucoup Biden, mais dans sa situation difficile (désastreuse, vraiment), tout ce qu’il peut présenter comme un semi-succès vaut la peine d’être dit et fait. « Alors, j’ai arrêté Poutine ! » était le meilleur résultat que Biden puisse espérer.

Mais cela ne résout toujours rien sur le fond (encore ?).

Cependant, il existe des signes clairs que des discussions substantielles ont eu lieu (durée de la conversation, experts présents, ton après la réunion, etc.)

Tout d’abord, les deux parties ont convenu de « nouvelles consultations » au « niveau expert ».

En outre, la partie américaine a déclaré « nous croyons que le président Poutine n’a toujours pas pris la décision » d’« envahir davantage » l’Ukraine. Ainsi, malgré toutes les « plans secrets » (hilarants et ridicules) publiées par les médias occidentaux (voir ici ou ici), les responsables de la Maison Blanche de Biden semblent chanter une autre chanson (jusqu’à présent ?).

Tant mieux !

Puis il y a cette question : étant donné que Poutine a officiellement tracé des « lignes rouges » et que Biden a officiellement déclaré qu’il ne reconnaîtrait aucune ligne rouge, sur quoi exactement les « experts » mentionnés ont-ils convenu de se « consulter davantage » ?

La réponse est évidente, à mon avis : précisément ces lignes rouges !

Il est maintenant clair que la position officielle de l’administration Biden sur le feu de l’enfer, le soufre, les sanctions de l’enfer et tout le reste des menaces et des insultes proférées par les États-Unis ne sera réellement mise en œuvre que SI la Russie envahit l’Ukraine.

SI !

En d’autres termes, si la Russie n’envahit pas (ce qui sera le cas), alors plus de sanctions ???

Nous pouvons être sûrs que le parti de la guerre (que je définis comme suit : l’ensemble des médias américains, les néocons, le gang MAGA-GOP au Congrès, le « gang non-Biden » au sein du Parti démocrate, le secteur énergétique américain, le CMI américain, l’ensemble de l’« État profond » américain, le lobby israélien, le lobby ukrainien, le lobby britannique, le lobby polonais, etc.) présentera cela comme une énorme « concession » galactique et même une « trahison » de Biden qui a « cédé » à Poutine, le méchant voyou communiste du KGB.

[Aparté : les hystéries du parti de la guerre à propos de la décision du général Milley ou de Biden de quitter l’Afghanistan ont prouvé au-delà de tout doute raisonnable que ces gens ont maintenant pleinement adopté la ligne que les Démocrates ont tenue pendant les 4 années de l’administration Trump et qu’ils vont maintenant au moins essayer de fabriquer un « Russia-gate v2 » pour gagner les prochaines élections. Il n’y a pas d’honneur parmi les voleurs et ils sont *tous* certainement des voleurs].

Voici ce sur quoi le parti de la guerre va se concentrer : sur quoi exactement les experts américains et russes pourraient-ils même négocier ?

Jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis considéraient officiellement la Russie comme une « puissance régionale » avec son « économie en lambeaux »« une station-service déguisée en pays », une entité à laquelle l’Empire n’avait absolument pas besoin de prêter attention, et encore moins de négocier avec elle !

Et maintenant, des négociations ? ???

Les négociations, par définition, impliquent premièrement que les deux parties abordent les négociations sur un pied d’égalité et, deuxièmement, que les deux parties sont prêtes à s’engager dans un échange mutuellement bénéfique.

Si ce n’est pas le cas, on ne parle pas de négociations, mais d’ultimatums.

Et selon tous les signes, Biden n’a présenté aucun ultimatum à Poutine.

Le pire (du moins du point de vue du parti de la guerre) est le fait que Biden a jusqu’à présent appelé Poutine trois fois, l’a rencontré une fois et a demandé la vidéoconférence d’aujourd’hui. Cela fait au moins cinq fois que l’unique hyperpuissance, l’hégémon mondial et le leader de toutes les démocraties ont tendu la main aux « tueurs » du Kremlin et demandé des pourparlers. Cinq fois.

Demandé (gentiment et poliment)

De parler (d’égal à égal)

Cinq fois (et promis plus)

C’est énorme et absolument sans précédent depuis au moins vingt ans, si ce n’est depuis la chute de l’URSS !

Obama, s’il est encore sobre, doit être en larmes 🙂

La suite est encore plus étonnante.

Selon les Britanniques, Biden a promis d’appeler les dirigeants occidentaux suivants pour les informer de ses négociations avec Poutine :

  • Le Royaume-Uni
  • La France
  • L’Allemagne
  • L’Italie

Avez-vous remarqué qui n’a pas été mentionné ?

Eh bien, la Pologne et l’Ukraine pour commencer !

Cela montre que, quelle que soit la ligne de propagande officielle, au moins *quelqu’un* à la Maison Blanche comprend qu’il y a une « vraie Europe », l’Europe qui compte, et qu’il y a le « jardin d’enfants européen » qui ne compte pas (je ne mentionnerai même pas les clowns de 3B+PU).

Plus tard, Sullivan a tenté de limiter les dégâts et a déclaré que Biden parlerait avec « Ze » jeudi. Mais que pourrait dire Biden à « Ze » à part lui donner des tonnes d’assurances verbales et aucune garantie ?

Enfin, il convient de noter que les États-Unis n’ont pas promis d’accepter l’Ukraine dans l’OTAN (ils ont plutôt fait les déclarations obliques habituelles sur les « portes ouvertes ») et qu’ils ont même réaffirmé les accords de Minsk (qui, de facto, et peut-être même de jure, pourraient créer la base d’un désaveu de toute attaque des ukies contre la LDNR).

Encore une fois, c’est une bonne chose. Moins l’école maternelle de l’UE a de pouvoir, moins elle est susceptible de forcer l’agenda et d’entraîner les adultes dans une guerre (peut-être nucléaire).

Tant mieux !

Il y a aussi de mauvaises nouvelles, bien sûr : les clowns de 3B+PU le comprennent tous parfaitement. Pour eux, le choix est dur et, en fait, peut-être même existentiel (par l’autodestruction uniquement, bien sûr) : soit la guerre, soit nous devenons insignifiants aux yeux de l’Occident collectif.

Les deux questions suivantes sont donc :

  • Que vont faire les 3B+PU à ce sujet ?
  • Que feront les États-Unis lorsque les 3B+PU feront quelque chose à ce sujet (avec le soutien total du parti de la guerre aux États-Unis !)?

Franchement, je ne peux pas dire ce qu’il en est, il y a beaucoup trop d’inconnues pour faire des prédictions.

Le fait que des négociations substantielles aient finalement remplacé l’« unilatéralisme » des États-Unis (je suis poli) est une évolution majeure et positive. Mais ce n’est, au mieux, qu’un premier pas. Les politiciens américains sont connus pour dire A quand ils négocient avec les Russes et non-A dès que leurs médias les titillent pour leur « faiblesse ».

Hélas, ce qu’il faut défaire ou, au moins, transformer, ce sont trois décennies de stupidité occidentale auto-destructrice !

Cela arrivera-t-il ? Je n’en sais rien.

Au cours des deux prochains jours, nous allons entendre beaucoup de déclarations, de tous les côtés, dont beaucoup seront catégoriques. Je propose que nous attendions un peu et que nous revoyions la question plus tard dans la semaine.

Andrei

PS : de grosses, très grosses choses se passent entre la Russie et l’Inde et la Russie et la Chine ; c’est crucial pour avoir une image complète de ce qui se passe en ce moment. Je propose de revenir sur ce sujet plus tard dans la semaine.

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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