Le 2016 a été l’annus horribilis pour la Turquie. Attentats, tentative de coup d’état, interventions militaires en Syrie, Irak et Kurdistan turc ont mit à dure épreuve l’apparat militaire d’Ankara. Seul le président Recep Erdogan semble s’en sortir renforcé.

Le double attentat et la revendication

Le double attentat a eu lieu dans le quartier de Beşiktaş le 10 décembre vers 22h30. La police antiémeute, présente au stade Vodafone Arena du même quartier en raison d’un match de foot, était la cible désignée. 45 seconds après, une déuxième explosion a retentit au parc de Maçka, non loin du stade. 36 des 44 victimes sont effectivement des policiers.

Au lendemain du double attentat, 235 personnes sont arrêtes, dont 198 membres du parti HDP, parti d’opposition, pro-kurde et pro-minorités.

Dans les seize derniers mois la Turquie a subie une série d’attentats sans précédents. Le dernier fut celui de Ganziatep, au sud du pays. Dans cette occasion un kamikaze avait activé sa ceinture d’explosif au milieu d’une fêté de mariage. Cinquante et une les victimes. Aucune revendication n’a suivie. De même pour les précédents attentats de l’aéroport Atatürk d’Istanbul (45 morts) et du quartier stanbuliote de Sultanahmet, le 12 janvier (11 touristes morts). Aucune revendication.

L’attentat du 10 décembre a été en revanche revendiqué. Il s’agit du groupe Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), organisation terroriste née d’une dissidence avec le PKK en 2004. Le groupe revendique l’indépendance du Kurdistan turc et refuse tout pourparler avec Ankara. Ils avaient précédemment revendiqué les attentats du 15 février (29 morts), et du 13 mars (37 morts), les deux à Ankara. Le TAK affirme avoir perpétré ces deux attentats en réponse à l’offensive militaire gouvernementale au Kurdistan turc, notamment à Cizre. Là l’armée est accusée d’avoir commit des massacre de civils.

Erdogan et les répressions

Cela fait deux ans que la situation en Turquie est très tendue et extrêmement complexe.

Souvent les attentats restent sans coupables clairement identifiables. Le gouvernement les attribue aux milices Kurdes de Syrie, qu’Ankara voudrait être inscrites dans la listes des organisations terroristes dans le but d’éviter qu’elles créent un état kurde indépendant, ou au PKK. D’autre fois, ils sont revendiqués par l’organisation État Islamique, ou encore par les TAK.

Ces actes de terrorisme s’inscrivent dans un moment extrêmement tendu en Turquie. Le gouvernement n’a pas encore terminé les comptes avec ceux qui ont (ou qui sont accusé de) avoir soutenu la tentative de putsch militaire dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016.

Soutenu par une partie de la population civile, qui est descendue dans les rues pour faire face aux tanks putschistes, et par l’ensemble de la police, Erdogan a vu son statut se renforcer dans le pays. Cela lui a permit de lancer plusieurs vagues de répression contre les « ennemis internes ». C’est-à-dire contre toute forme d’opposition susceptibles de remettre en question l’hégémonie du AKP, le parti actuellement au pouvoir.

Seul au commandement mais politiquement renforcé, Erdogan est aujourd’hui soutenu par une importante partie de la population, notamment par ceux qui ont largement bénéficié de sa politique. L’opposition, matée ou trop divisée, peine à opposer une narration à celle d’Erdogan, désormais « l’homme fort » du pays.

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