Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy le 7 juillet 2016 (image: Le Point)

Les directives de la commission Attali créé par Nicolas Sarkozy (dont Emmanuel Macron fut le rapporteur) n’ont pas été toutes suivies d’effet. Parmi celles qui ont été appliquées par les LME (lois de modernisation de l’économie), était l’autorisation pour les grandes surfaces d’ouvrir des plus petites surfaces en centre-ville[1].

Les grandes surfaces peuvent maintenant s’attaquer au tissu social des centres villes

Les grandes surfaces en périphérie avaient déjà détruit le tissu économique local en remplaçant les petits commerces, tenu par des indépendants, disposant d’emplois certes durs, mais stables, dont ils étaient fiers et qui faisait d’eux des vecteurs essentiels d’une part de la qualité de vie des quartiers, et d’autre part de cohésion sociale. Voilà maintenant qu’on peut, avec l’application des directives de commissions parisiennes retranscrivant dans les faits les approches technocrates de la commission européenne, s’attaquer au tissu social des centres villes, jusque-là interdit à l’ultra-capitalisme de la grande distribution.

Les emplois stables et peu coûteux tenus par des citoyens responsables et partie prenante de la vie sociale locale sont progressivement remplacés par des emplois précaires de salariés aux rabais, travaillant sur des horaires inacceptables, loin de chez eux (alors que bien souvent le petit épicier ou le boulanger du coin vivait, lui, sur place, à l’étage).

La stabilité de ces petits commerces est liée à leur solidité face aux aléas économiques auxquels sont très sensibles les actionnaires des grands groupes de distributions. Une simple décision d’économie d’échelle permettant de fermer la surface moyenne, une fois que 1) la concurrence du petit commerce local ait été éliminée (et envoyée à Pôle Emploi), et que 2) les consommateurs aient été rendus « captifs » – Ces aimables consommateurs sont maintenant priés de rejoindre une plus grande surface judicieusement placée en périphérie (à 1500m à droite après le MacDonald) et disposant d’un parking gratuit (et éventuellement d’un bon pour un Coca Cola gratuit au susdit MacDonald).

Voici comment le théoricien de la « modernisation » de l’économie organise l’esclavage des populations au plus grand profit des capitaux de la grande distribution.

Le remplacement d’un boulanger par un distributeur de pain industriel, un bénéfice pour l’actionnaire de la grande distribution

Au-delà de la destruction du tissus économique local, non délocalisable, peu sujet à la concentration et donc plus solide vis-à-vis des décisions de déplacement de capitaux internationaux, on voit bien que le remplacement de l’emploi du petit commerce par un emploi de grande surface n’est pas une création d’emploi. La fragilité du salariat ainsi constitué est à la merci de fluctuations économiques, et sera très consommateurs d’aides sociales de toutes sortes. Par exemple, les horaires pratiqués ne permettent pas à ces salariés d’être présents pour leurs enfants, qui vont avoir besoin de soutien scolaire. La qualité de vie est ammoindrie et l’interchangeabilité des personnels accrue.

Le remplacement d’un boulanger par un distributeur de pain industriel représente un bénéfice certain pour l’actionnaire de la grande distribution, si bien représentée auprès des commissions gouvernementales, mais n’est pas un progrès pour les populations locales.

Et le travail du dimanche ?

On comprendra également que la loi permettant le travail du dimanche donne un avantage aux enseignes de la grande distribution disposant de salariés plus « malléables », alors que le petit commerçant, ne pouvant pas rester ouvert 7 jours sur 7, verra une partie de son chiffre d’affaire du samedi ou du lundi « transféré » à son concurrent, le dimanche, organisant la paupérisation du petit commerce indépendant, puis sa disparition. On ne voit pas en quoi étaler les achats sur 7 jours au lieu de 6 permettra de relancer l’économie, à moins de vouloir simplement favoriser ceux qui peuvent être ouverts le dimanche, c’est à dire les plus gros (de 300 m2 à 1000 m2) qui ont plusieurs équipes.

Voilà donc un aspect de ce qu’est le « néo-progressisme » qu’on nous propose. Comme le souligne Alain Finkielkraut dans « l’esprit d’escalier » du 2 avril, on nous vend un clivage « progressistes » contre « réactionnaires souverainistes » en lieu et place du clivage droite-gauche.

Le progrès qu’on cherche à nous vendre aujourd’hui, c’est l’ultra-capitalisme international libre-échangiste. L’info du jour, c’est que ce n’est pas un progrès humain.

[1] La loi de modernisation de l’économie (LME), promulguée en août 2008 après un marathon parlementaire, a relevé de 300 à 1000 m2 le seuil au-delà duquel une autorisation est nécessaire avant l’installation d’une grande surface pour les villes de plus de 20 000 habitants.

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