Les guerres civiles ne profitent qu’aux chefs de guerre

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28.11.2022 

L’expérience de la tragédie en Libye et au Yémen est universelle. 

Cela fait plus de 10 ans que la Libye se trouve en état de guerre civile. Même chose pour le Yémen. Les Européens confrontés à des problèmes de réfugiés et de livraisons d’hydrocarbures sont forcés de prêter attention à ces pays. Avec qui est-il possible de coopérer dans son intérêt? Qui y est fiable pour trouver un terrain d’entente? Qui remplace les institutions étatiques détruites et pourquoi? 

Un récent rapport de l’Institut italien d’études politiques internationales (ISPI) analyse en détail le rôle accru des chefs de guerre dans le cadre de la guerre civile en Libye et au Yémen. 

La réalité est telle que les groupes armés, vu l’effondrement de l’État et une réduction notable d’aide internationale, sont forcés de trouver des sources de financement pour leur propre activité militaire. Les hydrocarbures, le contrôle de l’infrastructure critique et le commerce illégal sont la base de leur bien-être financier. Et étant donné que le moyen d’obtention de leurs revenus dépend peu de l’État, de ses institutions et lois, il est peu plausible que les chefs de guerre rêvent d’une fin rapide du conflit afin de déléguer à un nouvel appareil d’État les pouvoirs pour exploiter les actifs sous leur contrôle. Ils sont plutôt prêts à recréer les futures institutions publiques selon les modèles des mécanismes actuels de satisfaction de leurs besoins. 

À l’heure actuelle, les chefs de guerre partagent les ressources obtenues avec la population des territoires contrôlés. Cela leur apporte une légitimité aux négociations de paix. Ils n’ont pas d’autre légitimité, et il est difficile de s’attendre à l’apparition dans le pays de forces politiques influentes capables d’insister sur la formation d’institutions publiques modernes après le conflit. Indépendamment du vainqueur. 

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Il est à noter également que le départ factuel des États-Unis de cette région a créé un vide d’intérêt diplomatique voire géopolitique pour les conflits locaux. Personne ne s’empresse d’y déployer ses forces ou des troupes de l’Otan, comme ce fut récemment le cas en Irak et en Afghanistan. Il faudra tenir compte de cette nouvelle réalité dans les analyses et les évaluations stratégiques. 

En fournissant des hydrocarbures à l’étranger via les ports et les terminaux, en assurant un passage maritime sûr des cargos, les chefs de guerre établissent des contacts directs avec les principaux clients en Europe, contournant les représentants publics officiels. Par la force des armes ils insistent sur la non-reconnaissance des institutions de l’État, ruinent l’appareil de la bureaucratie sans éprouver la pression ou la condamnation des pays occidentaux. Des hommes armés prennent généralement le contrôle des sites de production et de transport de pétrole et de gaz, et non les capitales. 

Il est également primordial pour le flux de contrebande d’avoir le contrôle des territoires et des postes frontaliers où les marchandises nécessaires à la population traversent la frontière. Les troupes armées des belligérants surveillent également les postes douaniers officiels où ils prélèvent des taxes dans leur intérêt. 

Les chefs de guerre en Libye et au Yémen reflètent le plus souvent les intérêts et les liens tribaux, s’installent sur les territoires traditionnels. Leurs accords avec d’autres chefs de guerre sont presque toujours pragmatiques à la recherche d’un profit commercial. 

Ainsi, un chef de guerre se représente non seulement comme un commandant militaire, mais également comme un chef de tribu, le principal diplomate négociateur et homme d’affaires de type oligarchique. 

Il est évident que ce sont les chefs de guerre, qui contrôlent les exportations, les importations et les recettes de celles-ci, qui deviennent les hommes les plus riches et influents du pays. Ils placent leurs hommes à tous les postes de sécurité de l’État en soumettant leur travail à leurs intérêts. 

C’est pourquoi quand l’Occident à titre de panacée contre tous les problèmes dans ces pays propose des « élections démocratiques », on voit immédiatement les visages heureux des vainqueurs, qui représentent le clan des chefs de guerre correspondants du territoire en question. 

L’histoire de la guerre civile en Libye et au Yémen illustre un niveau très élevé d’application universelle des conclusions principales. Les chefs de guerre évincent et substituent partout les institutions publiques pour prendre sous leur contrôle personnel tous les actifs économiques liquides. 

La fameuse phrase de Mao Zedong « le pouvoir est au bout du fusil » reste d’actualité et instructive pour tous les États qui délèguent facilement à des structures privées des armes et le droit à la violence. L’État et le peuple seront tous les deux perdants. Seuls les chefs de guerre seront gagnants.

Alexandre Lemoine

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