Le pass sanitaire est une monstruosité juridique selon le Pr Giorgio Agamben

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Rien à dire de plus, simple, clair et limpide. Si l’état italien – à l’instar de l’état français – ne prend pas la responsabilité des effets indésirables des vaccins, le citoyen n’a pas à le faire, c’est d’ailleurs un pur et complet aveu de dangerosité de la vaccination anti covid-19.

Giorgio Agamben (philosophe italien), discours sur le passeport covid devant la commission des affaires constitutionnelles du Sénat italien, 7 octobre 2021.

Je voudrais m’arrêter sur deux points seulement à porter à l’attention des parlementaires qui auront à se prononcer sur la transformation en loi du décret-loi sur le passeport covid.

1. La première est la contradiction évidente du décret en question. Vous savez que, grâce à un décret, le gouvernement est exempté de toute responsabilité pour les dommages causés par le vaccin. Et la gravité de ce préjudice est démontrée par le fait que l’article 3 du même décret mentionne explicitement les articles 589 et 590 du code pénal, qui font référence à l’homicide involontaire et aux blessures par négligence.

Comme l’ont noté des juristes faisant autorité, cela signifie que l’État ne se sent pas capable d’assumer la responsabilité d’un vaccin qui n’a pas terminé sa phase de test. Et pourtant, dans le même temps, elle tente d’obliger les gens à se faire vacciner par tous les moyens, sinon en les excluant de la vie sociale et maintenant, avec le décret que vous êtes en train de voter, en les privant même de la possibilité de travailler.

Est-il possible d’imaginer une situation plus anormale sur le plan juridique et moral ? Comment l’État peut-il accuser d’irresponsabilité ceux qui décident de ne pas se faire vacciner, alors que c’est ce même État qui, le premier, décline formellement toute responsabilité quant aux éventuelles conséquences graves du vaccin ?

J’aimerais que les parlementaires réagissent à cette contradiction, qui est à mon avis une monstruosité juridique.

2. Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention n’est pas la question médicale du vaccin, mais la question politique du passeport covid. Des scientifiques et des médecins ont déclaré que le laissez-passer covid n’avait aucune signification médicale en soi, mais servait à forcer les gens à se faire vacciner. Cependant, je pense qu’il faut dire le contraire : que le vaccin est un moyen d’obliger les gens à avoir un laissez-passer covid, c’est-à-dire un dispositif de contrôle et de suivi des individus, ce qui est sans précédent.

Les politologues savent depuis un certain temps que nos sociétés sont passées du modèle de la « discipline » à celui des sociétés de « contrôle », fondées sur un contrôle numérique quasi illimité des comportements individuels. Ils sont maintenant devenus quantifiables. Nous nous habituons à ces dispositifs de contrôle. Mais, je vous le demande, jusqu’où sommes-nous prêts à accepter ce contrôle ?

Est-il possible que les citoyens d’une société qui se dit démocratique soient plus mal lotis que les citoyens de l’Union soviétique sous Staline ? Vous savez que les citoyens soviétiques étaient obligés de montrer un laissez-passer chaque fois qu’ils se déplaçaient d’un pays à l’autre. Mais nous devons montrer un laissez-passer pour aller au restaurant, au musée, au cinéma et maintenant pour aller au travail.

Comment est-il possible d’accepter que, pour la première fois dans l’histoire de l’Italie, après les lois fascistes de 1938 sur les non-aryens, on crée des citoyens de seconde zone soumis à des restrictions qui — sur un plan strictement juridique — sont identiques à celles subies par les non-aryens ?

Tout porte à croire que les décrets-lois qui se succèdent doivent être considérés comme faisant partie d’un processus de transformation des institutions et des paradigmes du gouvernement. Une transformation d’autant plus insidieuse que, comme pour le fascisme, elle se fait sans changer le texte de la Constitution, mais subrepticement. Le modèle qui est ainsi érodé et effacé est celui des démocraties parlementaires avec leurs droits et garanties constitutionnels. À leur place se trouve un paradigme de gouvernement dans lequel, au nom de la biosécurité et du contrôle, les libertés individuelles sont destinées à subir des limitations croissantes.

La focalisation exclusive sur les contagions et la santé me semble nous empêcher de percevoir la signification de cette grande transformation de la sphère politique et nous empêche également de réaliser que la sécurité et l’urgence ne sont pas des phénomènes transitoires, mais constituent la nouvelle forme de gouvernabilité. Je crois que, dans cette perspective, il est plus urgent que jamais que les parlementaires se penchent sur la transformation politique en cours, qui, à terme, est destinée à vider le Parlement de ses pouvoirs, le réduisant à approuver simplement — au nom de la biosécurité — des décrets qui émanent d’organisations et de personnes qui n’ont pas grand-chose à voir avec le Parlement.

 

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