Le déclin de l’empire américain : Les leçons de la République romaine

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Par Asia Teacher – Le 10 Aout 2022 – Source The Saker Blog

L’incapacité à comprendre pourquoi les empires déclinent est aussi la raison pour laquelle l’histoire continue de se répéter. Alors que les élections menées par l’élite américaine se poursuivent, quelles leçons les États-Unis peuvent-ils tirer de la République romaine concernant leur propre déclin ?

À partir des dialogues complexes de l’ancien philosophe Platon et de « La République », dans lesquels il se lamente sur la fin de la démocratie athénienne qui se transforme en empire, les leçons fournies comprennent des observations sur le fait que le progrès est cyclique et non linéaire. Au lieu de considérer la démocratie comme un développement sans fin d’amélioration, les sociétés existent dans un cadre temporel de prospérité, de domination, de complaisance et finalement de décadence qui annonce la fin.

L’inévitabilité d’un effondrement final signifie que Platon considérait la démocratie comme un système qui tentait de se prolonger par tous les moyens possibles, mais il mettait également en garde contre le populisme produisant l’anarchie, dans laquelle un excès de liberté produit le chaos, d’où le désir d’une oligarchie pour assurer la sécurité et la stabilité.

De même, dans un désir de prévenir les conséquences du vote populiste, Platon s’est à son tour fait l’écho des avertissements de son mentor Socrate et du pessimisme de voter pour une idéologie qui existe sans la compétence de l’éducation ou toute connaissance des conséquences. Dans un pays où le taux d’analphabétisme est de 14 %, cela ne vous rappelle-t-il pas les États-Unis, qui commencent à voter pour des charlatans et des démagogues en tant que messies et dieux de retour, ou même dans d’autres sociétés du 20e siècle qui ont des leaderships à la personnalité culte ?

D’ordinaire, les pays mettent un millénaire à évoluer, pour finalement produire leurs propres normes et valeurs uniques qui, à leur tour, produisent un consensus général de croyances. À l’inverse, les États-Unis sont nés d’une société créée de toutes pièces contre la domination coloniale des monarques européens et d’une force unificatrice qui a choisi le matérialisme et la cupidité effrénés au sein d’une population armée et libre de toute ingérence gouvernementale. Cependant, si l’on supprime le matérialisme et les possibilités de cupidité, la même anarchie apparaît aux États-Unis que dans les derniers jours de Rome. En effet, la récente prise d’assaut du Capitole par la foule ressemblait plus à une nécrologie qu’à un événement.

Sans doute des hommes de principes, les pères fondateurs étaient également conscients des dangers de la démocratie, influencés tour à tour par la philosophie cynique de Hobbes et la doctrine protestante intransigeante de Calvin. De plus, la constitution s’inspirait fortement des idées de la République romaine afin d’éviter la répétition d’un régime monarchiste britannique, y compris un sénat similaire et deux vice-présidents « consuls ». Néanmoins, la peur de la démocratie a fait en sorte que « Nous, le peuple », reste à une distance sûre du gouvernement par un collège électoral de représentants politiques archaïque. Ainsi, la richesse et les domaines des élites restaient protégés à la fois du gouvernement et des idées révolutionnaires populistes alternatives de l’époque. L’idée qu’un individu puisse posséder des richesses sans l’ingérence du gouvernement et sans l’intervention de monarques absolus envoyés par Dieu était en soi une idée révolutionnaire.

Contrairement à l’opinion publique, les pères fondateurs avaient une profonde méfiance à l’égard des « masses fatiguées, pauvres, malheureuses et entassées qui aspirent à respirer librement ». Le Père Fondateur Roger Sherman a écrit que,

le peuple … a aussi peu à faire que possible avec le gouvernement.

Pendant ce temps, Gouverneur (sic) Morris qui a écrit le préambule de la constitution est allé plus loin et a ajouté,

La foule commence à penser et à raisonner, pauvres reptiles… Ils se prélassent au soleil, et avant midi ils mordront, soyez-en sûrs.

Un siècle plus tard, Lincoln avait déjà prévu l’avenir lorsqu’il a noté ,

À quel moment doit-on s’attendre à l’approche du danger ? S’il nous atteint un jour, il doit surgir parmi nous. Il ne peut venir de l’étranger…

Le « danger » que Lincoln entrevoit est l’échec systémique d’une société qui utilise l’économie capitaliste du laissez-faire comme idéologie, dans laquelle tout et chacun devient une marchandise commercialisable.

Le but d’une société socialement conçue était de produire un sentiment d’optimisme, une invincibilité non seulement du pays ou de l’avenir, mais aussi au niveau individuel, et ce niveau d’optimisme délirant a produit le culte derrière les croyances. Nous pouvons appeler cela le culte du moi, ou la société du moi, moi, moi ; ces termes expriment l’individu comme un pouvoir supérieur dépendant du matérialisme dans lequel chacun tente de créer un statut basé sur la richesse. L’incapacité à promouvoir la pensée critique a transformé un système économique en une idéologie. Enseigner aux gens ce qu’ils doivent penser plutôt que comment penser est un endoctrinement qui élimine la perspective historique et se concentre sur le présent. En d’autres termes, il supprime la politique et la causalité des problèmes sociaux pour en faire porter la responsabilité à l’individu. Par conséquent, cela produit à son tour les croyances d’opportunités illimitées, le ciel est la limite, tout est possible et quand cela ne se produit pas, des personnalités cultes apparaissent comme des sauveurs et des démagogues. Pourtant, le langage utilisé pour décrire cette illusion ne ressemble en rien à la réalité politique, sociale ou économique.

Si l’on laisse de côté les mythes actuels des États-Unis en tant que « phare lumineux » ou « nation indispensable », les empires allemand, soviétique et britannique du XXe siècle n’étaient-ils pas eux aussi considérés comme exceptionnels à leur époque ? Le point commun de ceux qui vivent au sein des empires est l’incapacité de comprendre qu’ils partagent des caractéristiques similaires et les illusions d’une doctrine de supériorité. Actuellement, la majorité de la population américaine est soumise aux mêmes croyances endoctrinées que les précédentes.

Cependant, il était inévitable que des politiciens, des banquiers et des entreprises narcissiques et cupides finissent par devenir des symboles de réussite et considèrent la pauvreté comme un échec individuel. Moins de trois siècles après sa fondation, le Far West revient dans les rues américaines (et dans d’autres rues du monde), où s’entretuer ressemble désormais à un passe-temps national, où les villes de tentes deviennent la norme et où la santé de dizaines de millions de personnes est un produit financé par une mafia, dans un pays qui n’a été en paix que pendant deux décennies depuis sa fondation. Dans un pays qui a autrefois envoyé l’homme sur la lune, les « gardes rouges » Antifa et les marxistes culturels de BLM patrouillent dans les villes alors que la dissidence est censurée et que des hommes à moitié nus marchent dans les rues en brandissant des drapeaux roses. En effet, les récents événements, alors que la foule attaque le Capitole, sont plus une nécrologie qu’un événement dans un pays où Lady Gaga et Kim Kardashian ont plus de followers sur twitter que le total des votes exprimés lors des élections de 2016 !

Eisenhower, dans son discours d’adieu en 1961, mettait en garde l’Amérique contre la menace de son « complexe militaro-industriel », tandis que Carter, en référence à la Chine en 2019, a déclaré au président Trump que les États-Unis sont « la nation la plus belliqueuse de l’histoire du monde… » En fait, il disait que si les États-Unis avaient dépensé trois mille milliards de dollars en guerres inutiles en trois décennies, la Chine n’en avait dépensé aucun et que c’était pour cela qu’elle faisait la course en tête.

Les remparts de la loi sur la défense du territoire peuvent-ils tenir les hordes barbares à distance et les démagogues qui se cachent derrière le « changement auquel vous pouvez croire » ou « MAGA » peuvent-ils sauver l’empire ?

La transition d’une République américaine à un Empire romain contient les mêmes transferts de richesse des nations en tribut mis à jour sous la forme du pétrodollar moderne et en interne, la même corruption politique et l’anarchie de la foule dans ses rues.

Les jeux de gladiateurs de l’Antiquité impliquent désormais d’armer les nations les plus faibles, qualifiées par le président Trump de « pays de merde », tandis que la plèbe moderne, sevrée de pain fourni par le gouvernement et de cirques de télé-réalité, encourage les sports de sang depuis le confort de son fauteuil.

Dans l’arène romaine d’aujourd’hui, l’Irak a combattu l’OTAN et l’armée américaine a aidé les Saoudiens à bombarder le Yémen, tandis que la foule criait HOURAH. Le président a donné un coup de pouce et les entreprises américaines dirigées par Wall Street sont intervenues pour donner le coup de grâce.

L’esclavage des temps modernes est toujours bien vivant, car l’élite de l’Empire remplit ses complexes industriels d’une armée d’esclaves composée de travailleurs étrangers mal payés des pays vaincus et de leurs propres millions d’incarcérés.

Les Romains vénéraient les dieux Jupiter, Junon et Minerve. Les dieux américains vivent à Wall Street. La bourse est leur autel et le dollar l’idole qu’ils prient.

La CIA a remplacé les légions romaines conquérantes qui ont jadis agrandi l’Empire romain, produisant un cauchemar similaire et récurrent dans son propre jardin et dans ceux des autres pays du monde. Atrocités oubliées ou rejetées comme non pertinentes ? En outre, la CIA est une grande partie du « marécage » du complexe militaire et industriel qui contribue à fournir aux États-Unis un style de vie digne du premier monde dans une ère post-industrielle.

En conclusion, des grands intellectuels d’une époque précédente ont émergé comme le physicien Einstein, l’écrivain Steinbeck et les scientifiques de l’espace de la NASA. À l’inverse, dans l’abîme pseudo-intellectuel des millenials, dépourvu d’esprit critique ou de preuves empiriques, sont apparues les croyances, les opinions et les théories du complot.

Le seul espoir qui reste à l’Amérique est d’abandonner sa haine paranoïaque, sa compétitivité contre le monde extérieur et ses croyances endoctrinées d’un droit divin à la diriger et de trouver sa place dans la communauté mondiale avant d’imploser. Ou, à l’ère du nucléaire, d’exploser. Historiquement, aucun des deux extrêmes politiques polarisés des États-Unis ne réussit jamais. Il reste donc le cimetière des empires.

Asia Teacher est un citoyen britannique, professeur retraité d’anglais et de sciences sociales et politiques.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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