La notion «gauche/droite» doit être remplacée par le schéma «post-occidental/pro-occidental»

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26.09.2022 

Apparemment, la notion politique gauche/droite date de la Révolution française 1789; les représentants du futur ordre étaient assis à gauche dans l’assemblée du parlement tandis que les représentants de l’ancien ordre étaient assis à droite. Par la suite, en conséquence de la domination occidentale de la planète, les termes politiques «gauche» et «droite» ont été utilisés dans le monde entier. Bien qu’au cours du temps, la définition de «gauche» et de «droite» ait quelque part évoluée, on veut garder ici la compréhension originale, c’est-à-dire, gauche=représentants du futur ordre et droite=représentants de l’ancien ordre. 

Aujourd’hui, nous sommes au milieu d’une révolution mondiale. La domination occidentale de la planète touche à sa fin et est remplacée par un nouvel ordre. Il n’est que logique que les forces politiques devraient être différenciées en conséquence. Donc, les forces de droite sont les forces qui défendent l’ancien ordre, c’est-à-dire qui veulent que l’Occident reste la force dominante de la planète. D’autre part, les forces de gauche soutiennent que le nouvel ordre se stabilise et prenne forme; je veux appeler post-occidental ce nouvel ordre. 

D’ailleurs, le 20 février 2017, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov utilisait l’expression post-West’ world order dans son discours. Avant, ce terme était pratiquement inconnu (j’ai moi-même publié un article avec le titre La pensée post-occidentale en novembre 2016). Des médias francophones l’avait traduit par «ordre mondial post-occidental». On peut aussi rappeler qu’en mars 2021, la Revue Défense nationale (France) est parue sous le titre général Sommes-nous entrés dans l’ère post-occidentale? 

Les Russes, les Chinois et d’autres parlent souvent d’un monde multipolaire. On peut dire que, dans notre schéma, c’est la position du centre, entre gauche et droite. Si, en plus, la conception d’un monde multipolaire est explicitement opposée à l’idée d’un monde unipolaire, je parlerais d’une position de centre-gauche. Le discours du président russe Vladimir Poutine au 10e Forum juridique international de Saint-Pétersbourg (30 juin 2022) en est un exemple typique: «Un système multipolaire des relations internationales est en train de se former activement. Ce processus est irréversible, il se déroule sous nos yeux et il est objectif. … En résumé, la domination d’un pays ou d’un groupe de pays sur la scène mondiale est non seulement contre-productive, mais aussi dangereuse et crée inévitablement un risque systémique mondial. Le monde multipolaire du XXIe siècle n’a pas de place pour l’inégalité ou la discrimination à l’égard des États et des peuples». 

Continuons de différencier notre modèle. Je considère une position antioccidentale, qui prétend que tout qui vient de l’Occident est à condamner par principe, comme une position d’extrême gauche que je ne partage pas. Je dirais qu’une position de gauche défend un monde multipolaire, mais, en plus, adopte le point de vue qu’ils existent déjà des pays avec un meilleur système que le modèle occidental. Une position qui accepte que d’autres centres de pouvoir existent et respecte, en principe, l’indépendance des autres pays, tout en préférant le modèle occidental est une position de centre-droite. D’autre part, comme déjà dit, la position de droite veut garder la suprématie de l’Occident. Et je parlerais de l’extrême droite si on veut activement changer la direction que d’autres pays ont choisi. Notamment, utiliser illégalement (c’est-à-dire sans autorisation de l’ONU) des sanctions pour changer le système établi dans un autre pays est une attitude d’extrême droite. 

Aujourd’hui, l’ancienne utilisation des termes «gauche» et «droite» donne, en général, un résultat trompeur, voire absurde. Par exemple, l’actuel gouvernement allemand est, d’après l’ancienne utilisation, un gouvernement de centre-gauche. Cependant, il est évident qu’il s’agit d’un gouvernement de droite, voire de l’extrême droite. Ou le président français Emmanuel Macron a, en vérité, des positions bien plus à droite que sa rivale lors des dernières élections Marine Le Pen. Or, lors des élections en Italie le 25 septembre [ce texte a été écrit avant le 25 septembre], on attend une victoire du parti Fratelli d’Italia avec La Liga et Forza Italia. Ces partis sont classifiés par la plupart des médias occidentaux comme des partis de droite ou d’extrême droite. Cependant, dans les faits, le premier ministre sortant Mario Draghi est bien plus à droite que ces partis; c’est justement à cause de sa politique anti-russe, incluant des sanctions illégales énormes (qui ont beaucoup augmenté les problèmes économiques en Italie), que Draghi a été poussé à la démission par la résistance populaire. Quant aux résultats des élection récentes (11 septembre) en Suède, une analyse similaire s’impose. 

D’ailleurs, la nouvelle première ministre du Royaume-Uni, Liz Truss, est, d’après l’ancienne utilisation comme d’après la nouvelle utilisation, très proche de l’extrême droite, mais n’est pas considérée comme d’extrême droite par les médias occidentaux; ces derniers étant, en parenthèse, aussi souvent très proches de l’extrême droite. Ces mêmes médias classifient le premier ministre hongrois Viktor Orban comme appartenant à l’extrême droite tandis qu’en réalité, Orban est fort probablement le premier ministre le plus modéré de tous les pays de l’Union européenne. 

En Suisse, la neutralité traditionnelle peut être considérée comme une position de centre-droite. Cependant, le gouvernement suisse, soutenu par la plupart des partis politiques, s’est rallié aux sanctions illégales de l’Occident contre la Russie. Par conséquent, un nombre de pays, notamment la Russie, ne considèrent la plus la Suisse comme un pays neutre et une rencontre entre Poutine et Biden comme celle du 16 juin 2021 à Genève ne sera plus possible en Suisse. En plus, il y a maintenant une tendance en Suisse qui veut ouvertement redéfinir la neutralité comme une neutralité pro-occidentale. Ce qui constituerait un glissement à droite de la Suisse. Le dernier mot n’est cependant pas encore dit et on va voir comment la Suisse va se positionner vu que la neutralité traditionnelle reste populaire, surtout dans les milieux et régions dites «conservateurs». 

En Occident, le mot «démocratie» est devenu un terme mythique, voire religieux. Toutefois, le modèle occidental ne s’est jamais basé sur le principe que tous les pays sont souverains et ont les mêmes droits. En général, quand un président des Etats-Unis visite un autre pays, il ne manque pas de faire la leçon à ce pays et de lui dire comment il devra se comporter. Donc, traditionnellement, le modèle occidental se base sur le principe «démocratie à l’intérieur, dictature à l’extérieur». Cependant, ce modèle ne fonctionne plus. Ces dernières années, aussi la démocratie à l’intérieur des pays occidentaux s’est beaucoup affaiblie.

Les mots qui sont utilisés pour classifier des positions politiques ont une influence considérable. Il est tout à fait crucial où le centre politique est situé et qui est considéré comme extrémiste et qui est considéré comme modéré. Les anciennes compréhensions ne sont plus adaptées et doivent être remplacées.

Paul Schmutz Schaller, lecteur d’Observateur Continental de Suisse, post-occidental, mathématicien retraité

Observateur Continental a conservé l’intégralité du texte reçu

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