Les choix démocratiques des peuples changent ; et, au sein d’un ensemble démocratique de 28 pays (bientôt 27), il est impossible qu’ils soient, à un moment donné, les mêmes. Les institutions européennes ont donc accouché de la « Laïcité démocratique », comme l’ont planifié, dès l’écriture du traité de Maastricht signé en 1991, les fondateurs de l’actuelle Union Européenne. L’objectif étant que, quel que soient les résultats des élections locales (c’est-à-dire nationales), aucun changement substantiel ne puisse être imprimé au travail de la commission européenne, qui soit susceptible de proposer une véritable alternance à la Doxa économique décidée à Bruxelles.

Chaque individu est libre de choisir et de pratiquer sa religion, tant qu’il ne contrevient pas aux lois de la République

La laïcité, appliquée aux religions en France défini que chaque individu est libre de choisir et de pratiquer sa religion, à condition que ce choix ne limite pas cette même liberté quand elle est exercée par les autres individus qui composent la communauté dans laquelle ce droit s’exerce. Aucune religion ne peut, au sein de la République, promouvoir des règles de vie ou de comportement qui contreviennent aux lois de la République.

Cette définition induit donc l’existence d’un ensemble qui dépasse les communautés religieuses, en les incluant dans une super communauté à laquelle elles sont assujetties : la communauté nationale. Très bien.

Chaque état-membre est libre de choisir ses responsables politiques, tant qu’il ne contrevient pas aux lois de l’Union Européenne

Voilà donc que nous avons un ensemble européen, la super communauté ou communauté supranationale, qui fait preuve d’une « grande tolérance » vis-à-vis des politiques choisies démocratiquement par chacun de ses membres, dans la mesure où ils sont liés par un traité qui repose sur un principe de « subsidiarité » : Il prévoit qu’une législation nationale est valide jusqu’à ce que l’Union Européenne décide de légiférer dans le même périmètre, invalidant automatiquement la législation nationale concernée. Autrement dit, « aucun état membre ne peut, au sein de l’Union, promouvoir des lois, qui contreviennent aux lois de l’Union, dont ils sont assujettis » – et pour le coup, l’Union Européenne, produire des lois, elle sait faire …
Le choix démocratique est donc relégué au statut de religion dans une société laïque.

« Ce n’est pas très démocratique, mais … »

Le 24 janvier 2011, Jacques Attali, reconnaît, devant des sympathisants socialistes, qu’en écrivant le Traité de Maastricht, les rédacteurs, dont lui-même faisait partie, ont fait « en sorte que sortir ne soit pas possible. On a soigneusement oublié d’écrire l’article qui permet de sortir… » (rires).
Il ajoute : « Ce n’est pas très démocratique mais c’était une grande garantie pour rendre les choses plus difficiles, pour nous forcer d’avancer…« .

Voir à partir de la 11ème minute de son intervention:

Le traité de Maastricht est donc illégal au regard du droit de la plupart des pays qui l’ont ratifié. Par la suite, cet article a été ajouté, et a été invoqué par la Grande Bretagne.

« On savait que cela ne marcherait pas … »

Dès de la 6ème minute de l’exposé de Jacques Attali, le projet est clair; et à chaque étapes, chacun savait que “cela ne marcherait pas” …

1958 : Le marché commun ne marcherait pas, parce qu’un marché commun est nécessairement déséquilibré si des normes techniques ne sont pas adoptées par tous. Résultat, la crise française de 1983 et la crise du sommet d’Athènes de fin 1983.
1984 : Le marché unique lui aussi ne marcherait pas, parce qu’un marché unique sans monnaie unique provoquerait des déséquilibres concurrentiels, et des dévaluations compétitives. Résultat, les crises de 1991 et 1993, où des traders hyperpuissants attaquaient les monnaies, dont le Franc.
1999 : La monnaie unique. « Nous savions très bien, lorsque nous avons fait la monnaie unique, que cela ne marcherait pas« . Parce « qu’une monnaie sans état, ça explose« . Image intéressante.

A écouter Jacques Attali, la construction européenne s’est faite de constat d’échec en constat d’échec, comme le menteur qui ajoute mensonge sur mensonge et s’enlise pour finalement décider d’interdire la contradiction. C’est là le processus de construction d’un régime dictatorial. Un nouveau type de totalitarisme voit le jour : le totalitarisme systémique qui se cache derrière une démocratie de façade.

Le traité de Maastricht a bien été présenté, et approuvé par les Français. Donc, en 1992, nous, peuple de France, avons abandonné, démocratiquement, notre souveraineté à l’Union Européenne en acceptant ce principe de subsidiarité, tant il est vrai que la souveraineté n’est pas réductible : on est souverain, entièrement, ou on ne l’est pas.
Quelle belle ironie. Les euro-builder ont réussi le tour de force de faire approuver une dépossession de son droit de vote au peuple … par le vote du peuple.

Une Europe debout dans le cadre d’une confédération des nations

Le rejet du traité aurait certainement dirigé le projet européen vers une “Europe debout dans le cadre d’une confédération des nations” (selon Messieurs Seguin et Fillon, en 1991) et à cet égard, la lecture des journaux le Monde et Libération, une semaine avant le scrutin était édifiant: dans le monde, en 8 colonnes, un long interview très précis par Philippe Seguin, reprenant en partie son discours devant l’assemblée nationale, expliquait pourquoi il ne fallait pas ratifier le traité, mais opter pour une Europe des Nations, et dans Libération, une page blanche avec en très gros caractères, le slogan « L’Europe, c’est une poupée qui dit oui oui oui oui …« . Foules sentimentales.

Une Confédération d’Etats Nations quant à elle, dotée d’une monnaie commune, aurait alors pu être constituée, en lieu et place d’une monnaie unique ne reposant sur aucune unité politique démocratique. Un espace confédéré aurait permis la convergence des fiscalités, des pratiques politiques et économiques, petit à petit, à la vitesse des peuples et de l’évolution des esprits, en assumant les différences de choix démocratique.

Mais revenons à nos moutons, la prochaine étape, c’est un budget fédéral : un vrai ministère des finances européennes, capable d’emprunter sur les marchés, d’avoir une vraie politique économique et le control de la banque centrale européenne …

La France n’aura pas plus d’influence en Europe que le Texas aux États-Unis

Si nous mettons en place un ministère des finances, il faudra constituer un gouvernement fédéral, capable d’imprimer une politique économique à l’Europe. Puis un chef de gouvernement, un Président de l’Europe, qui ferait du Président de la République Française un simple “gouverneur d’état”. C’est là le graal de Messieurs Attali, Minc, Hollande et Macron (et Bayrou).

Cette souveraineté de l’Union Européenne sur les états membres sera ainsi réellement mise en pratique, faisant de la France une entité qui n’aura pas plus d’influence en Europe que le Texas aux États-Unis, sans qu’aucun des états-membre ne puisse choisir une politique économique différente, quel que soit le choix démocratique que puisse faire son peuple.

L’Europe des nations, l’espoir démocratique d’une Europe des peuples, qui relègue le spectre de la guerre aux oubliettes, qui porte des valeurs de paix et de fraternité, tout en assurant une prospérité certaine, est donc morte le 7 février 1992 à Maastricht.

Trop tard ?

La question reste donc ouverte : Faut-il, lors de la cette échéance présidentielle, en profiter pour reprendre le control démocratique de la construction européenne et réviser le traité de Maastricht? Ou faut-il admettre la construction d’une Europe fédérale démocratiquement Laïque, donc anti-démocratique ?

Est-il encore temps ? Un mouvement citoyen à travers l’Europe pour convenir d’une transformation de notre monnaie unique en monnaie commune peut-il émerger ? Une réintroduction progressive, pays par pays de monnaies nationales permettant des dévaluations encadrées, est-elle jouable ? L’abandon du principe de subsidiarité sera-t-il alors possible, rendant sa souveraineté aux peuples ? Sujet tabou s’il en est.

Robert Redslob, Doyen honoraire de la faculté de droit de Strasbourg, écrivait, dans le Monde Diplomatique en Décembre 1959 : « État fédéral ou État confédéral ? » :
« … C’est précisément pourquoi, dans les trois cas classiques par nous observés, l’Etat fédéral a été préparé, dans les esprits, par la confédération qui a créé l’habitude de coopérer et de se mettre dans le sillage d’une volonté commune. En somme, une vérité reste entière : pas d’État fédéral qui ne surgisse des convictions et de l’élan constructif des populations. … »

C’est donc être un Européen convaincu, prêt à entamer une longue marche, l’Histoire (la grande) en tête, et la démocratie chevillée au cœur, que de souhaiter la constitution d’une confédération européenne d’états nations. Imposer l’état fédéral à des nations si différentes culturellement, sans emporter l’élan constructif des populations, c’est souhaiter, à terme, l’échec de la construction européenne.

L’erreur de Robert Redslob aura été de conclure par : « Cependant nous vivons en un temps où la vitesse triomphe d’une manière étourdissante. Alors on peut imaginer que les anciennes mesures ne valent plus. ». Erreur perpétuée plus tard, François Mitterrand, Jacques Delors, Jacques Attali, …. et enfin, Emmanuel Macron.


Extraits du discours de Philippe Séguin à l’assemblée national le 5 mai 1992
« Il est bien temps de saisir notre peuple de la question européenne.
Car voilà maintenant 35 ans que le traité de Rome a été signé, et que d’actes uniques en règlements, de règlements en directives, de directives en jurisprudences, la construction européenne se fait sans les peuples, qu’elle se fait en catimini, qu’elle se fait dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de justice. Voilà 35 ans que toute une oligarchie d’expert, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants, prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat, des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences.[…]
Qu’on ne s’y trompe pas, la logique du processus, de l’engrenage économique et politique, mise au point à Maastricht, est celle d’un fédéralisme au rabais, fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral, résolument technocratique. L’Europe que l’on nous propose n’est ni juste, ni libre, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l’anti 1789. »
On était donc bien prévenu.

Les secrets de la monnaie

Gérard Foucher - YVES MICHEL - Broché: 312 pages

18,00 EUR

3 commentaires

  • Bonjour,Vous dites : <<Un mouvement citoyen à travers l’Europe pour convenir d’une transformation de notre monnaie unique en monnaie commune peut-il émerger ?>>N'y a t'il pas une erreur ? L'euro n'est pas une monnaie unique, mais bien une monnaie commune. En effet chaque état dispose toujours de sa banque nationale et la BCE est normalement le régulateur au travers du "target" des flux de capitaux inter-bancaire au sein de l'union européenne. Mécanismes qui semblent défaillants au grand dam des Allemands vers lesquels convergent la masse monétaire de pratiquement toute l'Europe, au risque d'un effondrement de la valeur de cette monnaie.
    • Une monnaie "commune" cohabite avec les monnaies nationales. Si deux pays ont la même monnaie, à l'exclusion d'aucune autre, c'est une monnaie "Unique". S'ils ont chacun leur monnaie, et partage une troisième monnaie pour certaines opérations entre eux ou avec le reste du monde, ils ont une monnaie "commune". Le fait d'avoir une BN ne fait pas de l'Euro une monnaie national: seule la BCE a le pouvoir sur la monnaie, pas les BN.