Par Wayne Madsen – Le 29 octobre 2017 – Source Strategic Culture

Le gouvernement espagnol a décidé de retourner à son passé récent et d’emprunter au livre de bord du dictateur fasciste espagnol à la longue carrière, Francisco Franco, pour gérer la décision de la Catalogne de déclarer l’indépendance du Royaume d’Espagne en tant que République de Catalogne. La décision du gouvernement catalan de déclarer son indépendance a suivi le référendum du 1er octobre dans la région qui a abouti à un oui pour l’indépendance.

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, dont le Parti populaire est un descendant politique direct du Parti fasciste de Franco, n’a pas hésité à invoquer, pour la première fois [depuis la chute de Franco], l’article 155 de la Constitution espagnole, qui permet au Royaume d’Espagne de gérer directement les régions rétives aux coups de fouet de Madrid. La Catalogne est la première victime, mais peut-être pas la dernière, du néo-fascisme espagnol exposé au monde entier.

Pendant la guerre civile espagnole, les Catalans et les Basques se sont battus avec courage au nom de la Deuxième République espagnole contre les forces fascistes de Franco et de ses alliés fascistes. Adolf Hitler et Benito Mussolini ont fourni un soutien total à Franco, tout comme l’Union européenne, l’OTAN et les États-Unis ont aujourd’hui pleinement soutenu Rajoy dans sa confrontation avec la Catalogne. Le discours du roi Felipe VI, le 3 octobre, dans lequel il condamne le résultat pro-indépendantiste du référendum en Catalogne, a été vu par de nombreux Catalans, ainsi que par d’autres groupes comme les Basques, les Galiciens et les Andalous, comme une incursion inutile dans la vie politique. Non seulement les Catalans, mais d’autres dans toute l’Espagne, ont commencé à demander la suppression de la monarchie de la famille Bourbon et l’établissement de la Troisième République espagnole. Les Bourbons ont peu de respect pour les travailleurs d’Espagne et de France. Après tout, c’est un ancêtre de Felipe VI, Louis XVI, qui, en France, a perdu la tête sous une guillotine révolutionnaire après avoir ignoré la misère du peuple français.

La réaction de l’Espagne à l’indépendance de la Catalogne a été rapide et rappelle la suppression par Hitler de l’indépendance de l’Autriche au cours de son infâme Anschluss (annexion) par l’Allemagne nazie. Rajoy a ordonné le limogeage du Premier ministre catalan Carles Puigdemont, de tout son cabinet, du chef de la police catalane des Mossos Esquadra, José Luis Trapero, des représentants catalans à Madrid, Bruxelles, Strasbourg, Londres, Paris, Copenhague, Rome, Berlin, Vatican, Lisbonne, Rabat, Varsovie, Vienne, Zagreb et Genève, et même les enseignants catalans. Les ministres du gouvernement catalan ont été remplacés par des apparatchiks, zézéyant en parlant castillan, envoyés dans la capitale catalane de Barcelone pour administrer, par décret, toutes les institutions gouvernementales catalanes. Le vice-Premier ministre espagnol Soraya Saenz de Santamaria a repris le travail de Puigdemont, tandis que le ministre espagnol de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido, a repris les fonctions de la police catalane à Trapero. Les fonctions de police en Catalogne ont été en grande partie transférées des Mossos Esquadra à la redoutée Guardia Civil, des forces politiques notoirement fascistes, qui ont été créées par Franco comme une version espagnole de la Gestapo nazie en Allemagne.

Le régime de Madrid a annoncé que de nouvelles élections catalanes se tiendraient le 21 décembre prochain, mais il est loin d’être clair que les partis indépendantistes de Catalogne seront autorisés à présenter des candidats. Madrid peut proscrire tous les partis et groupes indépendantistes de Catalogne, y compris « Junts Pel Sí » (« Ensemble pour Oui ») et la Candidature à l’Unité Populaire (CUP), ne laissant que des partis pro-espagnols comme le Parti Populaire néo-fasciste de Rajoy, les socialistes accommodants, Ciudadanos, et Podemos, financés par George Soros, en lice pour se rendre aux urnes. En outre, Madrid a menacé de juger tous les dirigeants de l’indépendance catalane pour sédition. Selon la loi espagnole les condamnés sont passibles d’une peine d’emprisonnement maximale de 15 ans.

Madrid a également ordonné la fermeture de la commission spéciale du gouvernement catalan qui enquêtait sur la brutalité de la police espagnole contre les citoyens catalans lors des manifestations en faveur de l’indépendance à la suite du référendum du 1er octobre. Les autorités madrilènes ont sommé le chef de la police licencié Trapero de remettre son passeport, signe que Madrid envisage de saisir les passeports de tous les dirigeants indépendantistes de Catalogne pour les empêcher d’organiser un gouvernement en exil de la République de Catalogne. Le précédent d’une telle action fut le gouvernement en exil de la Deuxième République espagnole anti-franquiste établi à Paris en 1939 après la prise de Franco par l’Espagne. Après l’invasion de la France par l’Allemagne nazie en 1940, le gouvernement en exil s’installe à Mexico, où il est reconnu par le Mexique, le Panama, le Guatemala, le Venezuela, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Yougoslavie, la Roumanie et l’Albanie, jusqu’à sa dissolution en 1977 après que la soi-disant monarchie constitutionnelle de l’Espagne a été restaurée à la mort de Franco. La saisie des passeports des fonctionnaires catalans et la fermeture des missions étrangères catalanes à l’étranger par Madrid visent clairement à empêcher la formation d’un gouvernement catalan en exil.

Aujourd’hui, Rajoy et sa junte ont le soutien de tous les grands périodiques aux ordres en Espagne, El País, El Mundo, ABC, El Razón, et le journal collabo de Barcelone La Vanguardia. Cependant, aucun message de soutien de Donald Trump, Angela Merkel, Theresa May, ou Jean-Claude Juncker qui permettrait aux sbires de Rajoy de garder la Catalogne sous sa botte. L’avenir de la Catalogne sera déterminé par son propre peuple et ses amis à l’étranger, dont beaucoup se sont ralliés à la cause de la Catalogne.

À peine la Catalogne avait elle déclaré son indépendance que des messages de soutien ont commencé à affluer vers Barcelone. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée nationale de Corse, une île française où le sentiment d’indépendance est fort, a salué la « naissance de la République de Catalogne ». Carole Delga, présidente de la région française occitane, où l’on parle le catalan en Pyrénées orientales, a reconnu les liens très forts entre l’Occitanie et la Catalogne et a appelé au dialogue urgent entre les autorités espagnoles et catalanes pour maintenir la paix civile.

Le premier ministre écossais Nicola Sturgeon, qui a promis un deuxième référendum sur l’indépendance écossaise, a exprimé son soutien à la Catalogne. Le chef du gouvernement du Parti national écossais à Edimbourg a déclaré : « Le droit à l’autodétermination est un principe international important, et j’espère qu’il sera respecté en Catalogne, et partout ailleurs. » Il y a toutes les raisons de croire que Rajoy s’empare des passeports espagnols de l’Union européenne des dirigeants catalans pour les empêcher d’établir un gouvernement en exil à Édimbourg ou à Glasgow, deux villes où ils pourraient avoir à leur service des liaisons de communication par satellite et un accès aérien direct aux grandes villes européennes. Il y a un fort soutien parmi les Écossais pour l’indépendance catalane. Le nouveau Comité de défense catalan en Écosse organise l’opposition à l’agression de Madrid contre la Catalogne, déclarant :« La brutalité et la répression qui ont été infligées au peuple de Catalogne ne peuvent pas continuer ou être légitimées. » Le comité ne se contente pas de confiner ses activités en Écosse et s’engage à être le fer de lance d’un mouvement européen.

La cause de la Catalogne est également soutenue par Jan Peumans, le président du parlement régional flamand. Citant l’exemple de l’Écosse, Peumans a dit de la Catalogne et de sa propre région flamande que l’indépendance de ces régions est une « évolution qu’aucun gouvernement européen ne peut éviter ».

Les dirigeants régionaux  italiens, en Lombardie et en Vénétie, qui ont voté en faveur de l’autonomie dans des référendums récents, se sont ralliés à la Catalogne et ont condamné l’arrestation et l’intimidation, par l’Espagne, des dirigeants catalans. Les dirigeants séparatistes des îles Féroé, qui ont voté en 1946 pour être indépendants du Danemark, et on vu finalement le gouvernement danois se plier aux pressions de Washington pour garder les îles au Danemark, espèrent répéter le vote de 1946 lors du référendum d’avril 2018 pour une nouvelle Constitution des îles Féroé indépendantes. La déclaration de la République de Catalogne a encouragé non seulement les habitants des îles Féroé, mais aussi ceux du Groenland qui souhaitent une rupture totale avec le contrôle danois (et l’OTAN).

La répression de la junte en Catalogne pourrait également relancer le désir d’indépendance de la région basque. Le groupe de guérilla basque ETA a déclaré un cessez-le-feu unilatéral en 2010 mais il n’a jamais complètement désarmé. Si la suppression de l’autonomie de la Catalogne par l’Espagne réussit, les Basques peuvent se voir comme les prochains sur la liste de Rajoy. Contrairement aux Catalans, les Basques ont montré à Madrid qu’ils étaient tout à fait capables de ramener la guerre au centre même de l’État espagnol à Madrid. Les Galiciens pourraient aussi voir leur autonomie menacée et une mobilisation de la Restistencia Galega armée forcerait Madrid à combattre sur de multiples fronts non seulement en Catalogne et dans la région basque, mais aussi en Galice.

Señor Rajoy et ses proto-fascistes feraient bien d’écouter les manifestants catalans qui chantent dans les rues de Barcelone leurs chansons traditionnelles catalanes et celle de la comédie musicale « Les Misérables », qui devrait inquiéter le ministre marionnette du roi Bourbon d’Espagne : « Entendez-vous le peuple chanter ? Chanter une chanson d’hommes en colère ? C’est la musique d’un peuple qui ne sera plus esclave ! (…) Participerez-vous à notre croisade ? Qui sera fort et se tiendra à mes côtés ? Au-delà de la barricade. Y a-t-il un monde que tu aimes voir ? Alors rejoignez le combat. Cela vous donnera le droit d’être libre ! »

Wayne Madsen

Note du Saker Francophone

Wayne Madsen utilise le fascisme un peu à tord et à travers et ne semble pas connaître les liens de l'UE avec l'Empire ni la volonté à peine cachée de l'UE de dissoudre les états en faveur d'un régionalisme de facto soumis à Bruxelles. Mais l'article est intéressant par la couverture qu'il fait des liens entre les différentes formes de régionalisme "autorisées", celles soumises à l'agenda de l'UE.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

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