Depuis plusieurs semaines nous vivions d’annonces sur les gains supposés des uns et des autres à partir de 2018. Tout le monde allait bénéficier des largesses gouvernementales avec des augmentations des feuilles de paye et des diminutions d’impôts.

La publication du projet de budget 2018 permet de se faire une meilleure idée et surtout de constater qu’il repose sur une triple escroquerie intellectuelle.

Faire croire aux plus pauvres qu’ils vont gagner du pouvoir d’achat

Tout d’abord la veuve retraitée avec 1100 € de pension par mois qui est déjà exonérée de la taxe d’habitation ne va rien gagner (dommage pour elle !) alors que le célibataire retraité qui n’est pas exonéré va gagner 85 € par mois (le pactole !) et que le couple de salarié avec un enfant qui gagne 4000 euros par mois gagnera 1693 € par an (champagne !).

On parle peu des salariés aux hauts revenus qui vont bénéficier de la baisse des cotisations sociales en même temps que d’une diminution de l’ISF et d’une baisse de la taxation sur les revenus du capital.

En bref, quelques miettes aux pauvres pour leur faire croire qu’on ne les oublie pas et de grandes largesses pour les plus riches.

Derrière ces « cadeaux » faits aux plus pauvres se profile en fait une arnaque à venir : moins de cotisations versées par les salariés signifieront à plus ou moins long terme moins de droits en termes de santé ou de retraites.

Pour la santé, on sait déjà qu’un effort de 7 Milliards d’euros est demandé à la sécurité sociale, ce qui ne manquera pas d’impacter les remboursements aux usagers. Notons la sortie de La Ministre de la santé qui justifie l’augmentation du forfait hospitalier par un rattrapage de l’inflation depuis 2010. Les retraités dont les pensions sont ploquées depuis 4 ans aimeraient que l’argument de l’inflation joue également en leur faveur.

En matière de retraite, la réforme est déjà dans les tuyaux. Nul doute qu’elle se traduira par des diminutions de pensions drastiques, étant entendu que les retraités actuels, considérés comme des nantis, (à partir de 1300 € par mois !) sont priés de cotiser 1,7 % de CSG en plus sans compensation.

Pour compléter l’arnaque, ajoutons les recettes de poche, comme on dit pudiquement, sur le gazole et le tabac qui auront vite fait d’anéantir les quelques gains des plus pauvres, mais il est vrai qu’il s’agit là d’écologie et de santé publique. Nous ne sommes plus à une hypocrisie près !

Et encore, on ne parle pas des effets de la réforme du code du travail sur les salariés…

Au final, le gain des plus pauvres jusqu’à celui du couple de salariés avec un enfant gagnant 4000 euros par mois risque donc de se traduire par une perte à court ou moyen terme, d’autant que le suppression partielle de la taxe d’habitation qui ne sera sans doute pas intégralement compensée par l’Etat aux communes se traduira par une augmentation des tarifs des services publics communaux (cantines scolaires, ramassage des ordures, crèches, bibliothèques) ou d’une diminution des subventions aux associations.

Faire croire aux retraités qu’ils sont plus aisés que les étudiants

Nous sommes carrément dans l’ignoble s’il s’agit d’opposer le retraité avec 1300 euros de pension qui va perdre du pouvoir d’achat avec la CSG, avec l’étudiant dont les parents sont très aisés et qui peuvent se permettre de payer des frais élevés de scolarité dans des écoles prestigieuses.

Cette forme de communication gouvernementale très orientée, n’est là que pour justifier l’augmentation de la CSG pour tous les retraités.

On pourrait continuer dans la segmentation des catégories en appuyant davantage sur l’opposition fonctionnaires/salariés du privé ou encore stigmatiser les bénéficiaires des minimas sociaux ou des allocations chômage. Pour ces derniers, la réforme, avec baisse des droits est en cours et pour les autres, cela viendra, en son temps…

Tout se passe comme si le gouvernement Macron mettait en œuvre en douceur la politique libérale du programme de Fillon, sans les éléments de langage extrêmes d’un Wauquier ou d’un Ciotti.

Bref, tout cela permet de masquer habilement le vrai clivage qui traverse la société française entre riches et pauvres : il y a des retraités riches et des retraités pauvres comme il y a des étudiants qui ne pourront jamais réaliser leurs rêves de grandes écoles pour des raisons financières alors que d’autres, peut-être moins créatifs, mais qui sauront reproduire la logique de leur caste au service de leurs intérêts, y auront accès.

Derrière tout cela, il y a les idiots utiles tel ce retraité de 70 ans, intervenant en direct dans une émission de Bourdin avec une pension de 3000 euros mensuels qui se dit prêt à contribuer pour les plus jeunes, sous les yeux émerveillés et presque larmoyants d’Emmanuel Lechypre, économiste très libéral. Cela nous donne une idée très précise de la société segmentée dans laquelle nous allons évoluer et qui oubliera toujours de faire appel aux plus riches, soit disant « créateurs de richesses ».

Faire croire que les cadeaux fiscaux aux riches vont doper l’économie

Il s’agit de cette bonne vieille théorie « du ruissellement » qui postule (sans preuves) que lorsque les riches s’enrichissent plus, il y a toujours des retombées sur l’économie et donc l’emploi, sauf que cette théorie n’a jamais été validée. C’est pourquoi Philippe Aghion, le conseiller économique de Macron, n’a pu que bredouiller une réponse minable au micro de Nicolas Demorand sur Inter qui lui demandait à propos de cette théorie « Vous nous le dites au doigt mouillé ou c’est prouvé scientifiquement » ?

Donc, l’argent va se déverser chez les riches avec des cadeaux sur l’ISF, la baisse des taxes sur les revenus du capital, comme cela est déjà le cas pour les entreprises avec les 24 Milliards annuels du CICE sans que cela ait eu des effets quelconque sur la baisse du chômage malgré les promesses de M. Gattaz.

On peut prévoir que les dividendes, déjà plus élevés dans notre pays qu’en Allemagne, augmenteront encore et que les achats de yachts déjà en plein boom vont encore augmenter. On sait également que le Medef qui réclame que la stabilisation du CICE dans les comptes des entreprises, demande désormais que l’augmentation des bénéfices qui va en résulter ne soit pas taxé à l’impôt sur les sociétés. Tout est dit : le CICE ira dans les bénéfices, pas dans l’augmentation de la masse salariale des entreprises.

La baisse des dépenses publiques

L’alpha et l’oméga de la politique macronienne, très bien relayée par les économistes libéraux consiste à dire que les dépenses publiques sont trop importantes par rapport à nos concurrents mondiaux, mais tout le monde, surtout ceux qui ont à perdre dans une baisse de ces dépenses doit comprendre ce que cela signifie, s’agissant en particulier des dépenses sociales puisque ces dernières font partie de la dépense publique, contrairement à d’autres pays, comme les USA, où se soigner pour un cancer est à la charge du malade qui paye une assurance privée qui pourra refuser de la prendre en charge.

Sommes-nous prêts, au-delà des discours consensuels sur la diminution de la dépense publique à accepter cela alors que dans le même temps, des transferts énormes au profit des plus riches et des entreprises sont effectués sans que cela ne produise aucun effet sur l’économie ?

A chacun sa part d’effort, donc, dans la maîtrise des dépenses publiques, sans oublier également les collectivités territoriales avec les cohortes d’élus devenus inutiles et les doublons d’emplois territoriaux.

Un modèle bien pratique, mais qui prend l’eau

C’est donc le modèle Allemand qui est en vogue dans le discours de nos économistes et de Macron. Tout doit être fait pour éviter de déplaire à l’inamovible Chancelière.

Pourtant, à y regarder de plus près, si ce modèle (qui doit beaucoup à sa faible démographie) séduit le patronat allemand ainsi que les organisations syndicales qui siègent aux C.A. des entreprises (contrairement à ce qui se passe en France), il produit également des inégalités criantes.

C’est ainsi que 7 Millions d’Allemands occupent des mini-jobs à 450 euros maximum par mois et sans cotisations sociales obligatoires pour le salarié et donc sans droit sociaux pour ceux qui les occupent.

Comme le souligne un article d’ « Alternatives Economiques » de septembre, « Ces emplois atypiques renforcent une vision patriarcale de la société, encore profondément ancrée outre Rhin, où les femmes doivent s’occuper des enfants pendant que les conjoints font bouillir la marmite ».

 Pas sûr que nous soyons prêts à un tel bouleversement des mentalités françaises et qui se traduirait par un changement de société majeur auquel les français n’adhèreront pas.

En attendant ce jour béni par les économistes et le Médef, on bricole en faisant croire qu’un retraité avec 1300 euros mensuels est un nanti.

Un commentaire