Au revoir G20, bonjour BRICS+

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25.11.2022

Le sommet du G20, de moins en moins pertinent, s’est conclu sur des signes évidents que les BRICS+ seront la voie à suivre pour la coopération du Sud global.

La qualité rédemptrice d’un G20 tendu qui s’est tenu à Bali – géré, par ailleurs, par la gracieuseté louable de l’Indonésie – a été de définir clairement de quel côté soufflent les vents géopolitiques. Cela s’est traduit par les deux temps forts du sommet: la très attendue rencontre présidentielle entre la Chine et les Etats-Unis qui représente la relation bilatérale la plus importante du XXIe siècle, et la déclaration finale du G20.

La rencontre en tête-à-tête de 3 heures et 30 minutes entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Joe Biden – demandée par la Maison-Blanche – a eu lieu à la résidence de la délégation chinoise à Bali, et non sur le site du G20, le luxueux Apurva Kempinski à Nusa Dua. Le ministère chinois des Affaires étrangères a exposé de manière concise ce qui était vraiment important. Plus précisément, Xi Jinping a dit à Joe Biden que l’indépendance de Taïwan était tout simplement hors de question. Xi Jinping a également exprimé l’espoir que l’Otan, l’UE et les Etats-Unis s’engagent dans un «dialogue global» avec la Russie. Au lieu de la confrontation, le président chinois a choisi de mettre en avant les couches d’intérêt commun et la coopération.

Joe Biden, selon les Chinois, a fait plusieurs remarques. Les Etats-Unis ne cherchent pas une nouvelle guerre froide, ne soutiennent pas «l’indépendance de Taïwan», ne sont pas favorables à «deux Chine» ou «une Chine, un Taïwan», ne cherchent pas à se «découpler» de la Chine et ne veulent pas contenir Pékin. Toutefois, le bilan récent montre que Xi Jinping a peu de raisons de croire Joe Biden sur parole. La déclaration finale du G20  est encore plus floue: c’est le résultat d’un compromis ardu.

Alors que le G20 se décrit lui-même comme «le premier forum pour la coopération économique mondiale», engagé à «relever les principaux défis économiques mondiaux», le G7 à l’intérieur du G20 à Bali a vu le sommet de facto détourné par la guerre. La «guerre» est presque deux fois plus mentionnée dans la déclaration que la «nourriture», après tout.

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L’Occident collectif, incluant l’Etat vassal japonais, était déterminé à inclure la guerre en Ukraine et ses «impacts économiques» – notamment la crise alimentaire et énergétique – dans la déclaration. Sans pour autant offrir ne serait-ce qu’une ombre de contexte, lié à l’expansion de l’Otan. Ce qui importait, c’était de blâmer la Russie – pour tout.

L’effet Sud global. Il appartenait à l’Indonésie, hôte du G20 cette année, et à l’Inde, prochain hôte, de faire preuve de la politesse et de la recherche du consensus propres à l’Asie. Jakarta et New Delhi ont travaillé d’arrache-pied pour trouver une formulation qui soit acceptable à la fois pour Moscou et pour Pékin. Appelez cela l’effet Sud global. Pourtant, la Chine souhaitait que des modifications soient apportées au texte. Les Etats occidentaux s’y sont opposés, tandis que la Russie n’a pas examiné la formulation de dernière minute, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov étant déjà parti.

Au point 3 sur 52, la déclaration «exprime son plus profond regret face à l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine et exige le retrait complet et inconditionnel des forces armées du territoire de l’Ukraine». «L’agression russe» est le mantra standard de l’Otan – qui n’est pas partagé par la quasi-totalité du Sud global. (…). Quant à ce passage, il ne pourrait pas être plus évident: «L’utilisation ou la menace d’utilisation d’armes nucléaires est inadmissible. La résolution pacifique des conflits, les efforts pour faire face aux crises, ainsi que la diplomatie et le dialogue, sont essentiels. L’ère d’aujourd’hui ne doit pas être celle de la guerre».C’est ironique étant donné que l’Otan et son département de relations publiques, l’UE, «représentée» par les eurocrates non élus de la Commission européenne, ne font pas de «diplomatie et de dialogue».

Fixés sur la guerre. Au lieu de cela, les Etats-Unis, qui contrôlent l’Otan, ont armé l’Ukraine, depuis mars, pour un montant énorme de 91,3 milliards de dollars, incluant la dernière demande présidentielle, ce mois-ci, de 37,7 milliards de dollars . Cela représente 33% de plus que les dépenses militaires totales de la Russie pour 2022.

Une preuve supplémentaire que le sommet de Bali a été détourné par la «guerre» a été fournie par la réunion d’urgence, convoquée par les Etats-Unis, pour débattre de ce qui s’est avéré être un missile S-300 ukrainien tombé sur une ferme polonaise, et non le début de la Troisième Guerre mondiale comme certains tabloïds l’ont hystériquement suggéré. Fait révélateur, aucun représentant des pays du Sud n’était présent à la réunion, la seule nation asiatique étant le vassal japonais, qui fait partie du G7.

Pour compliquer le tableau, le sinistre maître de Davos, Klaus Schwab, s’est une fois de plus fait passer pour un méchant de James Bond au forum des entreprises du B20, vendant son programme de «Grande Réinitialisation» consistant à «reconstruire le monde» par le biais de pandémies, de famines, du changement climatique, de cyberattaques et, bien sûr, de guerres. Comme si cela n’était pas assez inquiétant, Davos et son Forum économique mondial ordonnent maintenant à l’Afrique – totalement exclue du G20 – de payer 2800 milliards de dollars pour «remplir ses obligations» dans le cadre de l’accord de Paris visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

La disparition du G20 tel que nous le connaissons. La grave fracture entre le Nord global et le Sud global, si évidente à Bali, avait déjà été suggérée à Phnom Penh, alors que le Cambodge accueillait le sommet de l’Asie de l’Est le week-end dernier. Les dix membres de l’ANASE avaient clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas disposés à suivre les Etats-Unis et le G7 dans leur diabolisation collective de la Russie et, à bien des égards, de la Chine. Les Asiatiques du Sud-Est ne sont pas non plus vraiment enthousiasmés par l’IPEF (Indo-Pacific Economic Framework) conçu par les Etats-Unis, qui ne sera d’aucune utilité pour ralentir les échanges commerciaux et la connectivité de la Chine à travers l’Asie du Sud-Est. 

Et ce n’est pas tout. Celui qui se décrit comme le «leader du monde libre» évite le très important sommet de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique) qui se tiendra à Bangkok à la fin de cette semaine.

Pour les cultures asiatiques très sensibles et sophistiquées, cela est perçu comme un affront. L’APEC, créée dans les années 1990 pour promouvoir le commerce entre les pays du Pacifique, est une affaire sérieuse pour l’Asie-Pacifique, et non une militarisation américanisée de «l’Indo-Pacifique». Cette rebuffade fait suite à la dernière gaffe de Joe Biden, qui s’est adressé par erreur au Cambodgien Hun Sen en l’appelant «Premier ministre de Colombie» lors du sommet de Phnom Penh.

La queue pour rejoindre les BRICS. On peut affirmer, sans risque de se tromper, que le G20 s’est peut-être engagé sur la voie irrémédiable de l’insignifiance. Avant même la vague actuelle de sommets en Asie du Sud-Est – à Phnom Penh, Bali et Bangkok -, Sergueï Lavrov avait déjà annoncé la suite des événements lorsqu’il a indiqué que «plus d’une douzaine de pays» avaient demandé à rejoindre les BRICS  (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). (…). 

 Pepe Escobar 

Source: https://www.mondialisation.ca/au-revoir-g20-bonjour-brics/5672907

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