L’été dernier, l’histoire de ces touristes qui avaient contribué à tuer un bébé dauphin échoué en voulant à tout prix se prendre en photo avec lui avait suscité une très vive émotion. Pourtant, il n’y a malheureusement pas que sur les plages que le selfie tue.

Dans une vidéo publiée le 20 octobre, la Société mondiale de protection des animaux (World Animal Protection), une organisation non gouvernementale internationale, divulgue des images dénonçant la cruauté animale qui se cache derrière l’industrie de l’égoportrait animalier. Car pour satisfaire les désirs toujours plus pressants des touristes de repartir avec, comme souvenir, une photographie d’eux avec un animal tropical sauvage, certains tour-opérateurs peu scrupuleux sont prêts à tout, au mépris total du bien-être de la faune locale et des lois de protection environnementale.

C’est notamment le cas dans la forêt amazonienne, où la capture d’animaux sauvages pour permettre aux touristes de « pimper » leurs photos de vacances est devenue un business florissant.

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Parmi les espèces les plus menacées par les selfies des touristes, le paresseux se trouve en première ligne. Adorable, amusant et mignon, cet animal à la bouille sympathique connaît aujourd’hui une forte popularité, notamment sur les réseaux sociaux.

Surtout, en plus d’être photogénique, il est facile à manipuler et ne risque pas de s’enfuir en courant, étant donné qu’il se déplace à une vitesse de 0,6 km/h. Bref, le candidat idéal pour le selfie.

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World Animal Protection est parvenu à suivre des chasseurs de paresseux dans la forêt, montrant comment ces animaux sont arrachés à leur milieu naturel afin d’être ensuite exploités pour faire plaisir aux touristes, qui ignorent le plus souvent la terrible réalité qui se cache derrière leur nouvelle mise à jour de photo de profil sur Facebook.

Les images sont terribles : on y voit notamment deux hommes abattre un arbre, simplement pour récupérer un paresseux qui se trouve caché en haut. L’animal chute sur toute la hauteur de l’arbre, avant d’être fourré dans un sac-poubelle, puis chargé sur une pirogue à moteur. Il sera par la suite vendu à des personnes en lien avec un tour-opérateur local.

Rien que dans la ville de Manaus, la capitale de l’État de l’Amazonas, au nord du Brésil, on dénombre pas moins de 18 voyagistes qui proposent aux touristes de « toucher des animaux et de prendre des photos avec eux », révèle World Animal Protection dans une enquête. Les militants ont également analysé d’autres zones, notamment la ville de Puerto Alegria, au Pérou.

L’inquiétante augmentation du nombre de selfies avec des animaux sauvages sur les réseaux sociaux

Partout, ils ont découvert de nombreux abus et des preuves de maltraitance animale, liées au secteur du tourisme. Oiseaux tropicaux souffrant de maladies, anacondas blessés et délibérément déshydratés, tamanoir géant battu et maltraité…

Et le plus souvent, ces maltraitances conduisent inexorablement à la mort de ces animaux, ce qui pousse les chasseurs à repartir en forêt pour en chercher de nouveaux. Ainsi, la plupart des paresseux capturés ne survivent pas plus de six mois…

Toujours selon l’enquête de ONG, cela n’est que la conséquence finale d’une inquiétante tendance, la multiplication du nombre de selfie avec des animaux sauvages sur les réseaux sociaux. Ainsi, ce chiffre serait en augmentation de 292% depuis 2014 sur Instagram.

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